Ancien temple Brest

L’ancien temple de Brest (1863-1944)

La naissance difficile d’un lieu de culte protestant

 

     Le pasteur Achille Le Fourdrey, fort de l’appui d’une municipalité libérale et anticléricale, établit une paroisse réformée à Brest en 1832, reconnue par l’État, deux ans plus tard. Mais il dut se contenter de magasins et de salles louées pour l’occasion dans des immeubles de la ville. Ce n’est pas faute de solliciter régulièrement les autorités, qui accordèrent une réponse favorable au principe de l’érection d’un temple en 1838.

     Mais les contraintes étaient nombreuses à Brest, et la principale était le manque de place entre les murs d’une place-forte stratégique, soumise au contrôle des services du Génie.

     Les choses restèrent en l’état, même après que l’église de Brest fut élevée en 1852 au statut de siège du consistoire de Bretagne. Le pasteur Le Fourdrey mourut bientôt sans avoir vu se concrétiser son rêve de temple. Les villes voisines de Quimper, de Morlaix et même de Lorient construisirent entre temps des lieux de culte neufs malgré l’opposition du clergé local. Il est vrai que ces édifices avaient été financés par les contributions des protestants gallois.

     L’Église réformée de Brest avait un statut officiel qui lui permettait de recevoir un financement public pour son projet de construction. Cet apport représentait habituellement la moitié de la somme nécessaire. Dans le cas particulier de la ville, le conseil municipal, toujours aussi bien intentionné, proposait de contribuer pour 20.000 francs or, soit le tiers environ du budget. Les efforts financiers des fidèles restaient donc modérés.

     Mais ce montage séduisant présentait aussi des contraintes : il fallait mettre d’accord les différents contributeurs et leur soumettre des propositions acceptables.

     Le pasteur Théophile Chabal, successeur d’Achille Le Fourdrey, réussit finalement à contourner les obstacles, mais il lui fallut pour cela près de 10 ans. Il présenta en 1858 un premier projet qui était sans doute trop ambitieux puisqu’il regroupait dans un vaste bâtiment un temple, une grande école protestante et des logements de fonction. Il fut refusé car trop onéreux. De plus, la place manquait. Il fallait tout recommencer.

     Un ensemble de terrains se libéra dans la ville close au début des années 1860. Les emprises du jardin de l’observatoire de la Marine, devenu inutile, avaient été mises en vente par les domaines en 1853. Un promoteur se proposait d’y édifier un ensemble d’immeubles bourgeois au coeur du quartier le plus élégant, le long du cours Dajot, alors promenade favorite des Brestois, là où se situent aujourd’hui le tribunal et la sous-préfecture. Le nom choisi faisait rêver : Cité d’Antin. Mais son projet ne put se réaliser, et le terrain fut vendu par lots. Le « consistoire de l’Église réformée de Brest » se porta acquéreur de deux d’entre eux.

     Les contraintes architecturales étaient considérables : la parcelle ainsi constituée, très étroite, ne dépassait pas 300 m2. L’architecte Joseph Tritschler (1815-1879), l’ingénieur des phares de la mer d’Iroise, réalisa le projet définitif qui fut accepté le 22 mai 1861.

Temple réformé de Brest (1863-1944)

L’ancien temple de Brest (1863-1944)

    L’ancien temple de Brest se présentait sous une forme très allongée, ce qui le différenciait sensiblement de la plupart des autres édifices réformés. De facture très classique, son style s’apparentait plutôt à l’éclectisme, avec des emprunts romans et antiques. L’architecte avait réussi à faire tenir plus de 200 places dans un espace qui ne faisait que 6 mètres de large en additionnant quinze rangées de bancs. La chaire se situait dans une abside frontale, tandis qu’au dessus de l’entrée, l’harmonium occupait la tribune qui lui faisait face.

     L’ancien temple de Brest resta le plus grand lieu de culte protestant du Finistère entre sa dédicace en 1863 et sa destruction lors de la bataille de Brest le 17 août 1944. Il avait été à peu près épargné lors des années précédentes par les bombes.

     L’édifice, assez humble extérieurement, répondait néanmoins au souci de dignité de temple concordataire à laquelle avaient aspiré les pasteurs Le Fourdrey et Chabal. L’inconvénient principal de l’édifice était sa localisation dans un angle de la cité close, ce qui limitait quelque peu son accès aux seuls habitants de « Brest même », alors que la ville se développait déjà largement dans les faubourgs. Mais il en allait de même dans plusieurs autres agglomérations du pays.

Jean-Yves Carluer

 

2 réponses à Ancien temple Brest

  1. GEOFFROY Michel dit :

    Bonjour,
    Gabriel Fernand QUETIN se marie à Brest le 15 mai 1885 avec Bertha MAGNUS.
    Parmi les témoins, on remarque James HOCART, Pasteur.
    Serait-ce ce J. Hocart qui aurait donné la bénédiction ?
    Les époux ci-dessus ont eu un fils Gabriel Maurice, Pasteur. Aurait-il par hasard été Ministre de cette paroisse vers 1920/1922 ? Remeciements . M. Geoffroy

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Merci pour ces informations très intéressantes. Nous n’avons plus l’acte de mariage religieux, les archives de l’Église ayant été détruites lors du bombardement du temple de Brest. Un pasteur méthodiste du nom de James Hocart a eu un rôle important lors de la création de la paroisse protestante de Saint-Servan. Il était venait des Îles de la Manche. Il est possible que ce soit le même ou un homonyme. je ne connais pas de pasteur Maurice à Brest dans les années 20. A cette époque, le pasteur de l’ERF était Samuel Daullé et le pasteur baptiste était Gaston Brabant.
      Amicalement.

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