Combourg

Combourg : redécouvrir un lieu de mémoire huguenot…

      La dernière fois que j’ai visité le château de Combourg, le guide subjuguait par son discours la file de visiteurs qui passait de salle en salle. Il est vrai que l’antique forteresse a fière allure. Elle a été en quelque sorte « enchantée » par les mémoires de ce grand écrivain romantique qu’était Chateaubriand. Le vicomte François René y avait passé son enfance. Au détour d’un escalier à vis ou d’une lourde porte, les visiteurs d’aujourd’hui se préparaient donc à croiser des chats noirs ou des fantômes à la jambe de bois… Triste ambiance : « on éprouvait » racontait François René, « en pénétrant sous les voûtes, la même sensation qu’en entrant à la Chartreuse de Grenoble ».

Combourg 1860

Le château de Combourg au milieu du XIXe siècle

    C’est une autre mémoire que je voudrais évoquer ici, qui remonte à plusieurs siècles en arrière, et elle est protestante. Elle est beaucoup plus riante en ses débuts. Voici le perron où Charles Gouyon de La Moussaye fut comme frappé par la foudre à la vue de sa belle cousine, Claude du Chastel. Voilà les grandes salles où l’on chanta les psaumes, les chambres où la jeune châtelaine, Anne de Montbourcher, lisait la Bible aux côtés de son époux, François d’Acigné.

     Combourg fut protestant depuis 1561 environ jusqu’au mois de mars 1569, pendant 7 ou 8 années. Si le château est imposant, la seigneurie était de revenu médiocre. Elle avait été dévolue à la suite d’un accord familial à un cadet de la maison des Acigné, François. La forteresse dépendait du chef de famille, Jean, baron de Châteaugiron, qui était l’aîné. Nous présentons ailleurs sur ce site une courte biographie de ce Jean d’Acigné, qui abandonna assez vite le protestantisme. D’autres sources rattachent la propriété à une de leurs soeurs, Philippe ou Philippette, dame de Coëtquen, qui était de religion assez floue, sympathisant avec la Réforme mais sans jamais s’y engager. C’était donc le cadet, François d’Acigné (1540-1569) qui avait réellement « planté », comme on disait à l’époque, une Église calviniste à Combourg. François était très zélé et il le paiera de sa vie en s’engageant dans les rangs de l’armée réformée, puisqu’il mourut à 29 ans lors d’une charge de cavalerie à la bataille de Jarnac. On sait que l’Église de Combourg avait député un ancien au synode de La Roche-Bernard en 1563 et qu’elle avait été pourvue, dit Crevain, d’un pasteur en la personne de Guillaume Presleux, dont on suit la trace au synode de Ploërmel (1565) et dans l’asile de Blain (1567-1571)[1].

     Ni Crevain, ni son continuateur, le pasteur Vaurigaud n’avaient eu connaissance du manuscrit de Charles Gouyon de La Moussaye rédigé en mémoire de son épouse, Claude du Chastel, la fille de la dernière soeur des Acigné. Ce document remarquable relate la vie quotidienne à Combourg, les travaux, les jours et aussi les amours. Il mentionne enfin les détails de la crise terrible que la nouvelle de la mort de François d’Acigné apporta à Combourg en mars 1569[2]. Jean d’Acigné, qui avait alors abjuré le protestantisme, y vint annoncer sans aucun ménagement la mort de son frère, et exigea de sa belle-soeur protestante qu’elle quitte le château sur l’heure… Il voulait certainement donner des gages de son retour au catholicisme en faisant cesser tout exercice calviniste à Combourg. Anne de Montbourcher, jeune veuve éplorée et femme blessée, se réfugia chez ses parents au château du Bordage en Ercé-près-Liffré. Elle prendra bientôt sa revanche en épousant en secondes noces Julien de Tournemine, baron de la Hunaudaye, seigneur de Montmoréal et de Saint-Tual, diplomate de haut rang.

    L’Église de Combourg se releva également en se transportant, comme l’avait conjecturé en son temps Crevain, à Plouër-sur-Rance, terre du baron Charles Gouyon de la Moussaye, époux de la jeune Claude du Chastel qui avait été en 1569 le témoin muet des malheurs de sa tante.

     La violence de Jean d’Acigné s’accorde finalement bien avec le cadre romantique évoqué plus tard par Chateaubriand. François René, rappelons le, était le descendant d’un cousin de nos Acigné et l’héritier en ligne directe d’un Chateaubriand qui chassa également sa belle soeur, en ce même mois de mars 1569, mais cette fois du château voisin du Plessis-Bertrand.

Jean-Yves Carluer

 [1] Crevain, p. 115.

[2] Le manuscrit du baron Charles Gouyon de la Moussaye écrit à la mémoire de son épouse Claude du Chastel (1553-1597) est consultable sur le site de la Bibliothèque nationale. Il s’agit de l’édition de 1901, éditée et annotée par G. Vallée et R. Parfouru. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5550317w.r=brief+discours+charles+gouyon.langFR

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *