Philippe de Maridor

Philippe de Maridor, épouse d’Yves du Liscouët (1553-1631).

    « Elle était belle par excellence », reconnaissait son vieil adversaire, le chanoine Jean Moreau. La seconde fille d’Anne de Gouyon-Matignon (que nous avons déjà présentée sur ce site) et du seigneur de Maridor, était sans doute capable de susciter les mêmes passions que sa soeur aînée, la « Dame de Monsoreau ». Mais l’histoire a gardé d’elle le souvenir d’une huguenote que Crevain, reprenant son prédécesseur le pasteur Louveau, range parmi les « femmes chrétiennes dont la mémoire est une bénédiction et qui se sont rendues illustres pour piété et persévérance »[1].

    Elle naquit en 1553 et grandit probablement auprès de sa mère dans l’entourage de Jeanne d’Albert, la très calviniste reine de Navarre. Ce qui est sûr, c’est que, l’âge venu, elle resta auprès de la maison de Bourbon, car elle devint à son tour dame d’honneur de Catherine, l’unique soeur du roi Henri IV, bientôt duchesse de Bar. Elle eut donc l’occasion de côtoyer Catherine de Partenay ou Louise de Châtillon. Cette société restée très fidèle à la Réforme laissa une empreinte indélébile sur notre jeune Philippe, prénom qui pouvait être féminin à l’époque, auquel on préfère aujourd’hui substituer ses diminutifs Philippine ou Philippotte, déjà usités en ce temps.

    Le chanoine Moreau, qui semble assez bien renseigné en cette occasion, raconte comment notre demoiselle devint bretonne par mariage en épousant le seigneur Yves du Liscoët, dont les terres se situaient en Boquého et en Coadout, non loin de Guingamp. Ce denier devint, lors des guerres de la Ligue, le principal représentant du roi Henri IV en pays bretonnant :

    « Il était marié, à une fille de la maison de Vaux en Anjou, calviniste de son jeune âge; elle était belle par excellence. Le sieur du Liscoët en la recherchant en fut passionnément épris. Ayant eu bonne réponse que sa maîtresse ne l’épouserait que calviniste, lui étant catholique, changea de religion et le lui promit par serment solennel, qu’il garda fidèlement jusques à sa mort, et aima mieux, le misérable, faire banqueroute à Dieu et à son salut qu’au beau nez d’une femme »[2].

Bois-de-la- Roche

Le château-donjon du Bois-la-Roche en Coadout (22), restauré à l’époque contemporaine.

    Si le chanoine est si amer, c’est qu’Yves du Liscoüet devint un des meilleurs capitaines issus des rangs calvinistes : Henri IV le nomma successivement gentilhomme de la chambre du roi en 1586, capitaine et gouverneur de Saint-Brieuc en 1590, maréchal de camp en 1593 et même à cette date lieutenant -général du gouverneur, le maréchal d’Aumont.

    Le mariage de Philippe de Maridor et Yves du Liscouët avait été célébré au Mans le 17 novembre 1579. Le ménage accueillit bientôt plusieurs enfants, au moins cinq qui survécurent.

    On ne sait si Yves du Liscouët tint son serment de devenir protestant, comme le laisse croire le chanoine Moreau. Les registres de l’Église réformée de Vitré, seul endroit où le culte était parfois encore possible en Bretagne à cette époque, conservent la trace du baptême de deux filles, mais quelques années après leur naissance, ce qui en dit long sur l’isolement des huguenots de Guingamp. On sait aussi que l’aîné des garçons, Benjamin, avait été porté sur les fonds baptismaux de l’église Notre-Dame de Guingamp par le duc de Mercoeur lui-même en 1583. Sans doute le gouverneur de Bretagne d’alors, très catholique, avait-il voulut forcer la main à celui qui deviendra plus tard un de ses principaux adversaires. En ces temps troublés, nombre de seigneurs huguenots étaient réduits à simuler sous la contrainte.

     Ce qui est certain, c’est que ce même Benjamin, succédant plus tard à son père, fera de son domaine un refuge pour les protestants de Basse-Bretagne. La conversion des enfants au calvinisme est à mettre au crédit de la foi de la mère, Philippe de Maridor.

    De son côté, Yves du Liscouët semble avoir été aussi mauvais chrétien qu’il était grand militaire. En tout cas, sa réputation est sérieusement entachée par de fâcheux récits de pillages et de violences.

    Après nombre de combats et de blessures, Yves du Liscouët tomba en 1594 lors de l’assaut décisif contre le fort de la Pointe des Espagnols qui barrait le goulet de Brest. Philippe de Maridor avait 41 ans. Elle vécut jusqu’à l’âge respectable pour l’époque de 78 ans et fit de son château du Bois-la-Roche, en Coadout, un lieu de prêche qui était encore actif à la veille de la Révocation de l’Édit de Nantes[3].

  Jean-Yves Carluer

[1] Philippe Lenoir, sieur de Crevain, Histoire ecclésiastique…, 1851, p. 327-329.

[2] Jean Moreau, Henri Waquet (publié par), Mémoires du chanoine Jean Moreau sur les guerres de la ligue en Bretagne, Quimper, 1960

[3] Jean-Luc Tulot, Bois de la Roche, Bulletin de l’Histoire du Protestantisme Français, Supplément généalogique, N° 38, 1992, p. 7.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *