Les salles de la Mission Populaire à Nantes

Les premières salles d’évangélisation de la Mission Populaire à Nantes (1884-1907)

 

    L’œuvre de la Mission Mac-All (Mission populaire) à Nantes s’ouvre au printemps 1884, sous la direction successive des évangélistes Louis Biard puis C. Bisson, aidés par des jeunes de l’Église réformée. C’est l’industriel protestant Hippolyte Durand-Gasselin (1839-1929), président du conseil presbytéral de Nantes, qui avait suscité cette initiative[1]. Les frais sont partagés entre un « Comité de dames de Morristown » (New-Jersey) et un comité auxiliaire alimenté par des souscriptions régulières faites auprès des protestants nantais par H. Durand-Gasselin.  Les débuts sont modestes et parfois décevants. Il faudra attendre 20 ans pour que l’évangélisation ouvrière apportée en ce milieu déchristianisé, quoique formellement catholique, prenne un réel essor dans l’agglomération, sous la direction d’Emmanuel Chastang. Au cours de cette période initiale (1884-1907), le travail de la Mission Mac-All à Nantes consiste en des « conférences d’évangélisation », dans des salles publiques, d’abord rue des Deux-Ponts, des activités pour enfants, couronnées par un arbre de Noël, et une Société fraternelle, regroupant des sympathisants.

    L’assistance est fluctuante et souvent agitée : « Quelquefois je me sens isolé et découragé, mais d’autres fois, je chante de joie et je me sens gagné par l’espérance du succès », écrit C. Bisson en janvier 1887[2].  Après une brève interruption en 1888, l’œuvre est reprise sous la direction de M. Aligné et de A.-P. Billot, cette fois au 41, rue Grande-Biesse et au 16, rue Rubens. Bibliothèque et salle de lecture sont désormais présents, ainsi qu’un harmonium, tenu par Mlle Fargues, la fille d’un des  pasteurs réformés de Nantes. L’ouverture d’un nouveau local, au 25, quai de la Fosse donne un nouvel élan à la Mission Populaire : « La salle est peinte et tapissée avec soin ; elle est bien éclairée. Au fond, au-dessus d’une estrade avec pupitre, se trouve une inscription en lettres d’argent sur fond rouge. A l’extérieur se trouve une rampe de 7 becs de gaz qui attire l’attention. Le tout a un air de confort qui plaît à tous, et qui engage les gens comme il faut à rentrer. Notre nouveau concierge fait la porte, sa femme surveille l’intérieur[3] ».  Tout a été mis en œuvre pour attirer les passants : éclairage, musique… L’assistance est soutenue (un centaine de personnes deux ou trois fois par semaine) mais les conversions restent encore rares, comme le note F. Béthune qui succède à A.-P. Billot en 1894. Pourtant, la situation évolue peu à peu. Une réunion de prière a lieu chaque semaine. Le local principal est transféré au 10, rue de la Fosse. De plus en plus de convertis sont reçus à la Cène au temple protestant de la Place de Gigant (17 personnes en 1902). Une nouvelle et longue absence d’agent local de la Mission Mac-All ne vient pas trop affaiblir l’évangélisation populaire dans la mesure où les deux pasteurs réformés assurent l’intérim et où une équipe de bénévoles protestants s’est constituée autour du couple formé par un instituteur qui vient de se convertir, M. Dussaut, et de … Mlle Fargues, devenue son épouse en 1899. Le colporteur Yves Le Dréau sert de lien avec les ouvriers bretonnants des rives de la Loire. Sa fille est active au sein de l’Union chrétienne locale de Jeunes filles, avant de partir en formation à l’école de Lectrices de la Biblede Mme Dalencourt, à Paris.

La Mission populaire à Nantes en 1902, rue l'Heronnière.

Le local de la Mission populaire à Nantes en 1902, 2, rue l’Héronnière. On reconnaît les devantures de la salle de conférences et de la salle de lecture. Devant la porte, le pasteur E. Leuba et sa famille.

Avec l’arrivée de nouveaux évan- gélistes, E  . Leuba  puis Eugène Creissel et bientôt Ch. Fleury, et l’ouverture de nouveaux lo caux, au 2, rue de l’Héronnière, puis au 5, avenue Metzinger, la mission popu laire nantaise essaie de se développer et de passer à une échelle supérieure. Mais l’auditoire stagne et parfois régresse, ce qui entraîne quelques tensions locales[4]. Pour reprendre l’initiative, l’œuvre revêt une dimension de plus en plus sociale : réunions d’hommes, Croix-bleue, groupes d’enfants abstinents s’engageant à ne pas toucher à l’alcool (l’Espoir), section locale des Amis de la paix, groupe de couture, association d’Assistance par le travail dite « œuvre des petits fagots », subventionnée par Hippolyte Durand-Gasselin, destinée à aider les chômeurs en les intégrant temporairement à un atelier de préparation de combustible.

    L’inauguration, le 9 février 1908, de la Fraternité de Nantes, à deux pas du local de l’avenue Metzinger abandonné pour la circonstance, par le nouvel évangéliste nantais Emmanuel Chastand, s’inscrit dans cette démarche d’association du travail social et du témoignage spirituel. Elle annonce un temps d’expansion et d’innovation.  Désormais, le temps des déménagements est terminé !

 Jean-Yves Carluer


[1] Bibliothèque du Protestantisme Français, Registre du comité de la MPE, 27 novembre 1883.

[2] Mission Populaire Évangélique, Rapport annuel, 1887, p. 66.

[3] Mission Populaire Évangélique, Rapport annuel, 1892, p. 95

[4] Le Comité directeur de la Mission Populaire envisage même à cette époque de supprimer l’œuvre de Nantes (Bibliothèque du Protestantisme Français, Registre du comité de la MPE, 1900-1905, p. 38).

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