Josselin protestant

Josselin : un siècle de protestantisme en Centre-Bretagne.

      C’est incontestablement un des plus grands et un des beaux châteaux bretons. La magnifique forteresse d’Olivier de Clisson puis des Rohan a encore fière allure, même s’il ne reste plus que quatre tours sur les neuf d’origine. Le grand logis qui domine l’Oust, aux dentelles de pierre de style Louis XII, témoigne de la pénétration de la Renaissance en Bretagne.

     Mais on évoque plus rarement le passé protestant du château. Josselin a été huguenot pendant plus d’un siècle, des années 1560 à 1685.

     La Réforme y a sans doute été introduite lors d’un voyage du pasteur Bachelard qui accompagna en 1561 jusqu’à Pontivy le jeune vicomte Henri Ier de Rohan. L’enthousiasme ne fut apparemment pas au rendez-vous. Mais une Église dont nous savons fort peu de choses réussit néanmoins à s’implanter à Ploërmel, ville située à trois lieues de là.

    Les Rohan protestants ne résidèrent pratiquement pas à Josselin. Au XVIe siècle, ils préférèrent Blain ou Le Parc Soubise, en Poitou. Au XVIIe, ils firent de Pontivy le siège de leur duché, tout en résidant durant la mauvaise saison à Paris, préférant La Rochelle dans les périodes de conflit aigu.

Josselin 400    La place était tenue habituellement par un gouverneur et des officiers seigneuriaux des Rohan, souvent protestants, accompagnés comme il se doit de serviteurs et de quelques artisans, ce qui suffisait à constituer un embryon d’Église aux meilleures époques. A défaut, un prêche occasionnel se tenait au château.

     Le moment fort du protestantisme à Josselin date de 1583, quand la place accueillit un synode réformé provincial. Cette assemblée eut lieu au moment même où les noirs nuages des guerres de religion avaient fini par atteindre la province, et, selon Crevain, ce n’était pas par hasard que nos huguenots avaient choisi Josselin pour se réunir :

     « Jamais Josselin n’a été une Église à part, qui eût un ministre en propre : tout au plus c’a été une annexe de Ploërmel, soit dans le commencement de la réformation (1562), où Ploërmel fut la sixième Église fondée en Bretagne, auquel temps le seigneur de Rohan pouvait faire prêcher à Josselin comme à Pontivy, l’une et l’autre terre lui appartenant ; soit quelque temps après, lorsqu’il y eut assez de fidèles à Josselin pour en faire une Église annexe. Cependant, cette ville de Josselin, quoique annexe seulement, fut préférée à Ploërmel pour la tenue du synode, à cause de la sûreté du château, où l’on s’assembla, et du pouvoir que le seigneur de Rohan avait dans le pays ; au lieu qu’à Ploërmel on n’était pas libre ni en assurance, puisque, pour y avoir assemblé un synode en 1580, il manqua et n’y put tenir« [1].

     Quelques années plus tard, dans des circonstances que l’on connaît peu, le château tomba entre les mains du parti de la Ligue. Ce n’est qu’après la signature de l’Édit de Nantes que les Rohan ont pu récupérer leur élégante forteresse. A la fin du règne de Henri IV, Josselin bénéficia même du statut officiel de place protestante, non pas « de sûreté », mais « de mariage », c’est-à dire que la garnison était entretenue aux frais de son propriétaire[2]. Mais les soubresauts politiques des années 1620 furent encore néfastes au château, puisque Richelieu fit raser plusieurs tours, à la fois pour punir le duc Henri II de Rohan et pour parachever sa politique de démantèlement des forteresses seigneuriales.

     A la veille de la Révocation de l’Édit de Nantes, en 1684, Josselin abritait encore des officiers seigneuriaux protestants : Daniel du Moulin, seigneur de Brossay, fils d’un célèbre pasteur parisien, était gouverneur du château. Il avait épousé Esther Uzille, d’une famille de l’Église de La Moussaye qui avait la charge des eaux et forêts du duché.
Après bien des vicissitudes, le château de Josselin est revenu dans patrimoine de la famille de Rohan-Chabot. Il est aujourd’hui la résidence de l’actuel duc, Josselin de Rohan, ancien président de la commission des finances du Sénat et du Conseil régional de Bretagne. La duchesse Antoinette de Rohan-Chabot, petite-fille du pasteur Marc Boegner, est protestante.

1 Crevain, Histoire ecclésiastique…, p. 250.
2 Liste des places de mariage protestantes, Recueil du Fonds de Brienne, N° 220.

 Jean-Yves Carluer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *