Une tournée d’évangélisation en 1930

La Mission Évangélique en Plein air en Bretagne (Juillet-septembre 1930)

La branche française de la Mission Évangélique en Plein Air a été fondée par l’évangéliste Claude Arnéra (1895-1986) en 1923. Pendant 20 ans, elle a quadrillé l’espace francophone, distribuant des centaines de milliers d’Évangiles et  tenant des milliers de  réunions publiques. Pour cela, les quatre frères Arnéra, Claude, Hector, Idalgo, et Samuel, avaient acquis des camions aux surplus de l’armée britannique pour les aménager en plates-formes mobiles d’évangélisation,  ou « bible wagons », relativement courants alors dans les pays anglo-saxons. Une sorte de chaire, sur le côté, servait d’estrade à l’orateur lors des réunions publiques. Derrière lui, un équipier soutenait le chant à l’harmonium.

Un des « wagons » de la mission a parcouru le nord de la Bretagne au cours de l’été 1930. Il portait une équipe conduite par Idalgo Arnéra. Voici son compte rendu :

Après plusieurs mois de travail dans le Sud-Est de la France, c’est vers la Bretagne que nous dirigeons le wagon N° 3 de la Mission en Plein Air, ce Tank de l’Évangile,pour employer une expression de M. Ruben Saillens, et cela, afin d’entrer en contact avec ces foules qui vivent sur «cette Terre des Prêtres» dans la nostalgie de la Vérité et la connaissant si peu.

Idalgo Arnera et le wagon n°3, place Thiers, à Morlaix

Elle est grande, riche, belle cette Bretagne, semée de monuments historiques, d’oeuvres d’art religieuses, églises et calvaires renommés qui sont le témoignage séculaire de l’âme pieuse et religieuse, superstitieuse et fanatique parfois, des habitants de cette région.

Nous avons été frappés du grand nombre de crucifix le long des routes, dans les campagnes aussi bien que dans les villes. La plupart de ces croix sont en fer, d’autres en ciment ou en pierre, d’autres en bois. Nous fûmes aussi frappés par les énormes dimensions des églises et la hauteur de leurs clochers, et spécialement par le nombre de prêtres qu’on rencontre. Un écrivain français a surnommé cette province : « la terre des prêtres ». Le terme est juste, car on en voit partout. De nos cœurs oppressés, s’élevait vers Dieu cette prière : «Seigneur, quand sonnera l’heure de la délivrance pour ce peuple ? Toi seul le sais. Permets que nous puissions enseigner à ces âmes à connaître ton Fils comme le Sauveur vivant et que nous puissions ainsi hâter l’heure de la délivrance pour beaucoup d’en

Plus encore que les Cathédrales et Calvaires, sites enchanteurs et panoramas merveilleux, nous avons recherché les Bretons eux-mêmes, pour les mettre en présence de la Vérité, désirant de tout notre coeur les voir devenir « des monuments de la Grâce de Dieu…» Et nous bénissons le Seigneur de nous avoir dirigés au travers de deux départements pour tenir 128 réunions au sein de 60 localités ayant atteint 20.000 personnes environ par le message, distribué 12.000 tracts et Évangiles et enrichi 812 foyers du Nouveau Testament ou de la Bible complète.

A Étables, des enfants ont peur des « Diables protestants »

Alors que le wagon était arrêté sur la place principale, et nous étions encore à l’intérieur, nous vîmes un curieux spectacle. Des enfants causaient autour du wagon au sujet des Protestants. Ils étaient tous d’accord pour dire que les Protestants étaient des « hérétiques », des «diables », etc. Ils se tenaient à distance et attendaient pour voir ce qu’étaient ces Protestants dont on leur avait dit tant de mal. Nous ouvrons la porte et nous nous montrons en souriant. Aussi¬tôt, c’est une fuite générale ! Un homme les rassemble et les réprimande. C’est le commissaire de police. Il vient vers nous ensuite et dit: « Ces enfants ont peur de vous; on leur a dit que les protestants sont très méchants. Je leur ai dit le contraire et que vous mangez du pain comme nous ! Cela les a rassurés, »

Nous tenons aussitôt une réunion sur cette même place. Une centaine de gens nous entourent, y compris les enfants, qui viennent tout près de nous. Deux messages sont écoutés dans un grand silence. 14 Nouveaux Testaments sont vendus et plusieurs entretiens ont lieu.

En général, les réunions sont tenues au centre du village presque toujours occupé par l’Église qui se dresse, comme une gigantesque sentinelle, au sein du cimetière comme pour mieux veiller sur les morts et mieux encore dominer sur les vivants, ces vivants qui entourent le champ du repos de leurs demeures si caractéristiques, avec leurs portes ouvertes sur le chemin de l’éternité. Et le wagon de la Mission est comme un immense trait d’union entre la vie et la mort, invitant les âmes à la repentance, à la foi en Dieu, à la Croix du Calvaire où Jésus est mort pour sauver le pécheur. Autour de lui, les auditoires sont magnifiques, étonnés, attentifs, dans un recueillement qui inspire ceux qui ont la responsabilité du message.

A L…, les maisons blanches imagent le sujet que nous développons devant les habitants accourus au chant des cantiques. Je vois encore un homme arrivant en retard, ôter ses sabots et s’avancer pieds nus pour ne pas troubler la réunion, La joie est sur les visages et on nous remercie beaucoup. Ayant passé la nuit non loin de là, au bord de la route, un homme vient dans la matinée nous dire qu’il regrettait d’être resté au lit alors que nous chantions sur la place et demande que nous tenions une réunion pour lui… Nous voulons bien le faire, mais nous lui faisons remarquer qu’une réunion pour un seul auditeur serait dommage, et alors il va, comme la Samaritaine, à la recherche de ceux qui vivent dans les environs et revient avec une trentaine de personnes auxquelles nous pouvons annoncer le message du Salut. Nous vendons 7 Nouveaux Testaments, alors que 23 personnes, l’avaient acheté la veille. Dans la même journée, nous visitons quatre localités y laissant après les réunions, 28 Nouveaux Testaments, Apprenant qu’il y a marché, le Samedi à Morlaix, nous nous y rendons et quelle joie pour nous de pouvoir ouvrir le wagon sur une grande place où nous pouvons tenir six réunions devant des personnes qui écoutent avec attention la Parole de Dieu. Nous vendons là 89 Nouveaux Testaments et une Bible à un étudiant.

L’auditoire devant le wagon N° 3 à Morlaix

Le soir, nous visitons un village des environs de Morlaix, et nous sommes surpris de ne voir presque personne dans les rues et sur la place. Des enfants nous disent qu’il y a un mariage et que c’est une fête pour la localité. Nous sortons l’harmonium et chantons un cantique, puis un deuxième et voici que la noce sort du restaurant, la mariée en tête au bras d’un officier, son époux, et tout ce monde vient écouter, vous devinez quoi, la Parabole des Noces (Matthieu 22).

Idalgo Arnéra prêche sur la plate-forme à Landivisiau


A T…, pendant la réunion, une jeune fille scandalisée de voir des «protestants» dans son village, nous crie : «Vous perdez votre temps». Nous n’en continuons pas moins notre prédication qui fait la joie de beaucoup de personnes dont quelques-unes nous disent ensuite qu’elles vont à l’église parce qu’il n y a pas de temple, mais seraient heureuses si nous venions ouvrir un local dans leur village. Nous nous attardons à causer avec la jeune fille qui paraissait des plus indignées, mais le Seigneur nous a donné la victoire. Avant notre départ, elle acceptait un Nouveau Testament, pour le lire et le contrôler. Et ce fut une stupéfaction générale.

S’il est des jours faciles dans la Mission en Plein Air, il en est aussi de très difficiles, ce qui nous fait davantage réaliser que nous avons besoin de compter sur Dieu et sur Lui seul. L’Ennemi ne perd pas son temps, ni les occasions pour nous montrer sa puissance et cela dans le but de nous déranger pour nous faire renoncer si possible, à cette entreprise qui semble le gêner beaucoup. Nous faisons de nouveau cette expérience en visitant Saint-T…, localité renommée pour son Calvaire. Nous y rencontrons une hostilité des plus marquées de la part des habitants qui restent pourtant courtois à l’exception d’une femme qui n’avait pas l’air de réaliser la gravité de sa conduite, Ce sont des touristes qui firent déborder la coupe, en invitant la population à nous frapper et à nous chasser ensuite. Le conseil, qui était presque un ordre, ne fut pas suivi par ces paysans qui se sont montrés en cette circonstance, plus éduqués et plus pieux que ces femmes touristes parties, après leur mauvais conseil, avec la cigarette à la bouche. Et nous vendions dans cette localité, deux Nouveaux Testaments, ce qui fut pour nous une occasion de joie.

Après l’orage, le ciel devient plus bleu, expérience bénie faite cent fois au cours de nos tournées d’évangélisation. Poursuivant notre .route vers Brest, nous prêchons l’Évangile dans deux villages qui nous réservent le meilleur accueil et au sein desquels nous laissons 4 et 28 exemplaires du Nouveau Testament. A midi, l’insulte et la menace; le soir, les applaudissements d’une foule touchée par la Vérité.

Le wagon N° 3, place de la liberté, à Brest, lors de l’été 1930.

Extrait de la revue Le Maître et la multitude, octobre 1930.

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