Victor Bouhon (1834-1908), pasteur de Saint-Brieuc

Victor Émile Bouhon, un pasteur au ministère difficile…

      Victor Bouhon est le fondateur des premières Églises protestantes contemporaines dans les Côtes-d’Armor. Véritable pionnier du protestantisme en des temps difficiles, il rassemble à partir de 1862 les premiers auditoires français à Guingamp, Lannion et Saint-Brieuc.

     Victor Émile Bouhon est né à Paris le 9 septembre 1834. Son père était originaire des Ardennes, sa mère anglaise. Il fait partie de la première promotion de l’École des Missions à Passy en 1856 avec comme collègues François Coillard, Adolphe Mabille, Oscar Rau et Frédéric Ellenberger[1].  Parallèlement, il est très actif dans l’instruction biblique des enfants et remplace bientôt Jean-Paul Cook comme agent du Comité pour l’encouragement des Écoles du dimanche.

     Victor Bouhon, qui termine sa formation, participe aux rassemblements régionaux protestants bretons, en particulier à celui de Lorient en septembre 1860. Les pasteurs présents proposent au candidat missionnaire de visiter les différentes Églises bretonnes « pour ranimer chez elles le zèle pour les missions[2]« .  Le mois suivant, alors qu’il est à Dinan, il est contacté par le pasteur Trestail, responsable de la Société des Missions baptistes britanniques, qui lui propose d’oeuvrer en Bretagne. Le jeune homme semble intéressé, mais hésite. Il confie, lors d’une visite au temple de Brest, qu’il aimerait se rendre à Shangaï[3]. Il choisit finalement un poste à Haïti au service de la London Missionary Society. Avant son départ, Victor Bouhon épouse Frances Elisabeth Dockery (1836-1878) à Londres le 25 mai 1861.

     Le séjour des époux à Jacmel, en Haïti, est assez catastrophique. Ils sont atteints de sévères crises de malaria et perdent leur premier enfant âgé de quelques jours. Victor et Frances Bouhon sont rapatriés pour raisons de santé en 1862[4].

     La Baptist Missionary Society propose alors à Victor Bouhon d’être son deuxième agent en Bretagne, car John Jenkins a besoin d’un collaborateur à Morlaix[5]. Les deux collègues se partagent le travail, le Gallois prêchant en breton, et Victor Bouhon en français. Il est le mentor d’un jeune homme talentueux qui vient de se convertir dans l’annexe de Trémel : Guillaume Le Coat. Ce futur pasteur revendiquera toujours un lien privilégié avec V. Bouhon, qui le prépara avec succès à l’épreuve d’entrée de l’école normale protestante de Courbevoie.

Victor Bouhon célébra le premier culte protestant de Saint-Brieuc au 7, rue Saint-Guillaume, chez Mme veuve Young, le 18 septembre 1864.

Victor Bouhon célébra le premier culte protestant de Saint-Brieuc au 7, rue Saint-Guillaume, chez Mme veuve Young, le 18 septembre 1864.

     Durant les années 1862 et 1863, Victor Bouhon prend contact avec des protestants isolés de Guingamp, Lannion et Saint-Brieuc, les visite et tient des réunions. Il s’établit pendant une année à Guingamp en 1864. L’opposition des autorités le contraint à partir. Il se rend alors à Saint-Brieuc et y célèbre le premier culte le 18 septembre 1864. C’était il y a 150 ans. Il reste dans la ville jusqu’en 1885. Il est aidé d’un colporteur, Jean-Baptiste Bordreuil. Une petite congrégation de 30 à 40 personnes se forme. Le pasteur ouvre une école.

     Victor Bouhon est certainement le missionnaire protestant qui a supporté le plus d’opposition en Bretagne. Il cumule les handicaps. Comme pasteur baptiste, il est membre d’un culte non reconnu officiellement, salarié par l’étranger. Contrairement à ses collègues établis à Morlaix et à Quimper à une époque où le régime politique était plutôt favorable aux protestants, V. Bouhon se heurte à des préfets du Second Empire ou du début de la Troisième République tout aussi hostiles qui interdisent le culte. Mgr David, évêque de Saint-Brieuc, multiplie les dénonciations et fait dresser procès verbal quand l’auditoire dépasse 20 personnes en un même lieu[6] !

     Le couple eut cinq enfants, dont Victor Émile Noël qui décéde en 1883 à Saint-Brieuc.  Après la mort de son épouse, Victor Bouhon se remarie avec Marie Corlay, originaire de Guingamp. Guillaume Le Coat célébra le mariage.

     Faute d’autorisation, l’oeuvre protestante de Saint-Brieuc ne peut que végéter. En 1885, dans le cadre de sa réorganisation en faveur de l’Afrique, la Baptist Missionnary Society décide d’arrêter tout soutien financier à ses stations de Basse Bretagne. Morlaix réussit à conserver l’appui des Églises galloises, Trémel se constitue un comité de soutien indépendant, mais Saint-Brieuc disparait. Le pasteur Arnoux, de l’Église réformée de Rennes, y assure des cultes réguliers, tandis que la mission de Trémel y détache un colporteur. La tentative de Victor Bouhon semblait aboutir à un échec. Mais tout n’était pas perdu : un jeune homme de Guerlesquin, en formation dans les Îles de la Manche à l’initiative de Guillaume Le Coat, se prépare à reprendre le flambeau : il s’appelle Jean Scarabin. Il sera le fondateur de la paroisse méthodiste, puis réformée, de Saint-Brieuc.

     Victor Bouhon partit pour Paris avec sa famille. Il décéda le 31 mai 1908 à La Charité-sur-Loire (Nièvre).

Jean-Yves Carluer



[1] Jean-François Zorn, Le grand siècle d’une mission protestante : la Mission de Paris de 1822 à 1914, Paris, Karthala, 1993, p. 612.

[2] Bulletin Évangélique de Basse-Bretagne, 1860, p. 107.

[3] Bulletin Évangélique de Basse-Bretagne, 1860, p. 111.

[4] Journal des Missions Évangéliques, 1862, p. 239.

[5] Archives du comité de la Baptist Missionary Society,

[6] La loi du 16 février 1810 interdit tout rassemblement non autorisé de plus de 20 personnes.

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