Le Grand-Fougeray

Une des plus grandes forteresses bretonnes a été huguenote pendant un siècle.

 

     La Tour Du Guesclin est aujourd’hui une étape importante des circuits de visite historique en Bretagne. Haute de 34 mètres, avec des murs épais de 5 m, elle a encore fière allure. Elle a été ainsi nommée en hommage à l’exploit militaire réalisé en 1354 par celui qui allait être le Connétable de France lors de la Guerre de Cent ans. Quelques-uns de ses compagnons et lui-même s’étaient déguisés en porteurs de fagots pour surprendre les Anglais qui tenaient alors la place.

Le donjon du Grand-Fougeray

La Tour Du Guesclin au Grand-Fougeray

    Le château du Grand-Fougeray était une des grandes places fortes bretonnes de l’époque et formait un des maillons de la ceinture fortifiée qui protégeait les marches du duché.

     Deux siècles plus tard, lorsque la Réforme est apparue dans la province, le château était encore à son apogée, même si le développement de l’artillerie ne lui permettait plus de défier des armées modernes. La place forte formait une vaste enceinte close de remparts et défendue par neuf hautes tours. Il n’en subsiste aujourd’hui que le célèbre donjon.

     En 1558, date de la première prédication publique calviniste en Bretagne, le Grand-Fougeray est le siège d’une châtellenie d’ancienneté. Le domaine est tenu par les barons des Acigné à la suite du mariage de Jean, septième du nom, et d’Anne de Montjean dont on peut considérer qu’elle est à l’origine d’un des trois grands réseaux huguenots bretons avec les Laval et les Rohan. La châtellenie passe en 1562 à René de La Chapelle, seigneur de la Roche-Giffart, et fondateur de l’Église réformée toute proche de Sion-les-Mines. Elle est restée dans ce lignage jusqu’à la veille de la Révocation de l’Édit de Nantes, ce qui représente une durée de plus d’un siècle, même s’il faut décompter les temps troublés des guerres de la Ligue. Le duc de Mercoeur, chef des Ligueurs bretons s’empara en effet de la place du Grand-Fougeray en 1593. Deux ans plus tard, le château était repris par l’armée du roi Henri IV conduite par François d’Espinay de Saint-Luc. Malencontreusement, le jeune Louis de La Chapelle perdit la vie en voulant rentrer en possession de son domaine. « Quand il fallut réduire Fougeray, dit Crevain, la force y fut nécessaire : on assiégea le château, qui était de bonne défense, avec ses larges fossés et sa tour des plus hautes et des plus grosses qu’on voie […] Ce louis de La Chapelle était le fils de René et de seconde génération de ceux de sa maison qui ont embrassé la Réformation« [1]. Il laissait un fils qui poursuivit dans l’héritage de la Réforme. La place-forte, qui avait pourtant abrité quelques heures le roi Henri IV lors de son voyage en Bretagne pour signer l’Édit de Nantes, fut progressivement démantelé conformément à la politique royale de destruction des forteresse seigneuriales. En contrepartie, la châtellenie de Fougeray était élevée au rang de marquisat. Le château du Grand-Fougeray devenait un des pôles d’un domaine qui comprenait également le lieu de résidence des seigneurs, le château de la Roche-Giffart en Saint-Sulpice-des-Landes, puis le centre spirituel calviniste autour du temple de Sion-Les-Mines, ainsi que le centre industriel représenté par les forges de la Hunaudière.

     Lorsque l’Édit de Nantes fut révoqué en 1685, plusieurs familles protestantes qui résidaient à Fougeray et aux alentours se trouvèrent contraintes à abjurer. Quelques huguenots purent s’enfuir, à commencer par le dernier marquis de La Roche-Giffart qui regagna sans encombres le Refuge avec son épouse.

 Jean-Yves Carluer

[1] Crevain, Histoire ecclésiastique…, p. 318.

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