Hengoed

Hengoed, berceau des missions baptistes galloises en Bretagne

Le temple baptiste de Hengoed (Pays-de-Galles) aujourd'hui.

La chapelle de Cefn Hengoed aujourd’hui

      Le site est romantique à souhait. Il a même inspiré des peintres. Il domine la vallée de la Rhymney sur les hauteurs de l’arrière-pays de Cardiff et du comté du Glamorgan, au sud-ouest du Pays-de-Galles. A peine franchi un vieux portail de fer forgé se découvre un assez vaste cimetière gazonné, parsemé de très anciennes pierres tombales, certaines datant du XVIIe siècle. La forme très simple de ces mémoriaux s’accorde avec l’architecture minimaliste du temple, un peu perdu au centre de cet espace. Point de clocher, encore moins de pilastres. L’ensemble témoigne de l’austérité propre aux protestants de confession baptiste qui ont animé ces lieux depuis 1650.

Le "viel arbre de vie' de Hengoed

Hengoed. « L’arbre de vie » illustrant la vigueur de l’expansion baptiste à partir de la chapelle de Hengoed (Extrait de LLewelyn Jenkins, Hengoediana…., 1861)

     La chapelle baptiste située Hengoed Road, Cefn Hengoed, Glamorganshire, Wales, a été un des pôles de diffusion de la foi évangélique dans le Pays-de-Galles. Le fondateur du mouvement des Écoles du dimanche galloises, Morgan Rhys, y avait débuté son ministère. En avant-texte de son ouvrage sur l’histoire des Églises baptistes de la vallée de la Rhymney, l’éditeur Llewellyn Jenkins, le frère du missionnaire breton John Jenkins junior, a dessiné un arbre[1]. D’une vigueur exceptionnelle, il écarte les tombes pour prendre racine au pied des chapelles successives du site de Cefn Hangoed (celle de 1650, et celle de 1829 qui lui a succédé) et porte autant de branches que d’œuvres qui en ont essaimé. Il symbolise toute l’histoire d’un des plus anciens réveils baptistes européens, celui du sud du Pays-de-Galles. Mais à cet arbre figuré en 1860, il manquait quelques branches, les bretonnes. Elles s’appelleraient Morlaix, Trémel, Primel, Roscoff, Plougasnou, Lannéanou, Poullaouen, Carhaix, Plougrescant, et, au-delà, Brest et Le Havre ! La famille Jenkins était très attachée à cette filiation. John junior, le missionnaire, avait nommé Hengoed le premier temple de Pont-Uzel à Trémel, cœur de la future Mission Évangélique Bretonne, et le désignait ainsi dans ses rapports. Alfred-Llewelyn, son fils et successeur à Morlaix, vécut comme un déchirement et une trahison l’indépendance que Guillaume Le Coat obtint de la Baptist Missionary Society.

     Hengoed veut dire le « Vieux bois » en gallois tout comme en breton. Une commune costarmoricaine porte exactement le même nom : Hengoat, près de Tréguier, de hen, qui veut dire vieux ou ancien (et a donné aussi Hennebont) et de Coat qui signifie bois, terme qui a été le patronyme de Guillaume Le Coat, continuateur de John Jenkins junior à Trémel (Côtes-d’Armor).

     La vocation missionnaire de l’Église baptiste de Hengoed était donc solidement établie, au moins sur le plan régional, au début du XIXe siècle. Elle prit une nouvelle dimension avec l’arrivée en 1809 d’un jeune pasteur, John Jenkins (1779-1853), qui venait de donner le jour à John Jenkins junior (1807-1872), le futur missionnaire en Bretagne.

Le théologien John Jenkins, de Hengoed

Le théologien baptiste John Jenkins sr (1779-1853), père du fondateur de la mission baptiste en Bretagne. Derrière l’encrier, la série des tomes de son Esponiad ar y bibl Santaidd.

     John Jenkins sénior, appelons-le comme cela, a sans doute été une personnalité un peu écrasante pour son fils. Quel destin ! Né dans une famille pauvre, il ne bénéficia que d’une alphabétisation très superficielle sous forme de brefs cours du soir. Il décida d’occuper ses quelques moments de liberté d’enfant à continuer à apprendre tout seul à lire et à écrire. D’une foi enthousiaste, il commence à prêcher à l’âge de 20 ans. Il est consacré au ministère dans son village natal de Llangynidr en mai 1806. Il s’établit trois ans plus tard à Hengoed, paroisse qu’il conservera jusqu’à sa mort en 1853. Mais John Jenkins senior est néanmoins un voyageur. Il soutient un doctorat en théologie et écrit très tôt des ouvrages qui deviennent des références doctrinales pour les assemblées baptistes galloises, le Gwelediad y Palas Arian (éditions en 1811, 1820 et 1864), ou, avec la collaboration de Thomas Williams (1778-1835) le Y Parthsyllydd; neu Eirlyfr Daearyddol, ainsi que plusieurs recueils de cantiques, d’études bibliques et de catéchisme. Son positionnement doctrinal est strictement calvinien. Son œuvre majeure est l’Esponiad ar y Bibl Santaidd, le premier commentaire complet de la Bible qui ait été publié en langue galloise.

Esponiad ar y Bibl Santaidd

Première page de l’Esponiad (Exposé de la Sainte Bible). Exemplaire de 1823 conservé dans le fonds privé des descendants français de John Jenkins que nous remercions. Il a été la propriété de John Jenkins Jr (autographe de 1835) qui s’en est servi pour préparer ses prédications. John Jenkins jr avait sans doute également contribué à l’impression de l’ouvrage.

     Le pasteur Jenkins senior parcourt le Pays-de-Galles pour prêcher, présenter et diffuser ses ouvrages. Pour répondre à la demande, il se procure une presse à imprimer dès 1819 et met ses fils au travail devant les composteurs et la forme: Titus, (1804-1834), John, né, comme nous l’avons vu, en 1807, et Llewelyn (1810-1878). Les deux premiers seront ultérieurement pasteurs, le dernier préférera, tout en étant un prédicateur laïque apprécié, développer une importante imprimerie à Cardiff dont les revenus permettront de soutenir financièrement son frère missionnaire.

     De la presse familiale de Hengoed sortent donc des livres mais aussi des journaux, dont les plus connus sont les périodiques de la série des Bedyddwyr qui servent à relier les communautés baptistes galloises[2]. La fratrie des Jenkins fait dans les années 1830 de la chapelle de Hengoed ce que nous appellerions aujourd’hui un pôle de communication et d’édition.

     Dans leurs colonnes apparaît de plus en plus fréquemment le souci des âmes de leurs frères celtes de l’autre bord de la Manche, les Bretons. Nous avons vu dans un autre article que les journaux de Hengoed ont participé à la campagne de presse galloise destinée à organiser une traduction de la Bible en breton.

     Quand John Jenkins junior ressent vers 1830 l’appel de Dieu pour partir en Bretagne, ce jeune pasteur a reçu et puisé dans le terreau familial des atout indéniables pour la tâche qui l’attend à Morlaix. Nous verrons bientôt comment son ministère à largement consisté dans des travaux de traduction de la Bible, d’éditions diverses et d’organisation d’œuvre pionnières. La sève irriguait toujours l’arbre de Hengoed…

     En 2015, cette sève coule toujours. La paroisse baptiste de Hengoed a failli disparaître quand la région s’est vidée de ses emplois après la fermeture des mines de charbon qui étaient encore en 1985 parmi les plus importantes de Grande Bretagne. En 2010, après une interruption de 20 ans, un jeune couple pastoral a rétabli le culte baptiste dans une chapelle restaurée par une association de bénévoles de la petite cité qui renouvelle sa population depuis qu’elle est intégrée à la grande couronne de la banlieue de Cardiff[3].

Jean-Yves Carluer

[1]Llewelyn Jenkins, Hengoediana; sef, Hanes eglwys y Bedyddwyr yn Hengoed, Cardiff, 1861.

[2] Cyfrinach y Bedyddwyr , 1827 , Greal y Bedyddwyr , 1833-7 , Ystorfa y Bedyddwyr , 1838-41 , Y Gwir Fedyddiwr , 1842-3 , Y Bedyddiwr , 1844.

[3] Site de la BBC , 8 septembre 2010 : Historic Cefn Hengoed chapel set to reopen.

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