Effondrement au chateau de Pontivy (1647)

     Les pluies de l’hiver 2014 ont une fois de plus ébranlé les murailles du vénérable château des Rohans à Pontivy. Toute une partie de la courtine s’est écroulée dans les douves. La presse régionale et même nationale en a fait écho. L’éboulement spectaculaire d’une partie de tour a été filmée en direct : http://www.dailymotion.com/video/x1byke6_une-salle-s-ecroule-au-chateau-des-rohan-a-pontivy_news

     Si j’en fais état sur ce site, c’est parce que la forteresse a abrité à plusieurs reprises le culte protestant. D’ abord au XVIe siècle. Le pasteur s’appelait La Favède. Puis au XVIIe siècle, surtout. Nous avons écris ailleurs sur ce site que le lieu de culte des Huguenots en Centre Bretagne avait été au début du XVIIe siècle le château des Salles de Rohan, associé à l’établissement métallurgique du même nom.

     Un nouveau pasteur arrive à Pontivy vers 1640, à l’instigation de Marguerite de Rohan. L’unique héritière du duc Henri II de Rohan, chef du parti huguenot français, avait été contrainte, à la suite de la capitulation de La Rochelle et l’Édit d’Alès, de se marier avec la permission du roi, ce qui signifiait épouser un catholique. Son choix se porta en 1645 sur le chevalier de Chabot. Elle sera la dernière Rohan protestante de l’Ancien Régime. Ce choix d’accepter un mariage « mixte » a souvent été critiqué dans les milieux protestants de l’époque. Il faut reconnaître que le temps n’était plus à la résistance armée à l’absolutisme. Sur le plan breton, la « capitulation » de Marguerite de Rohan a eu des aspects positifs. Après la mort du duc Henri II, en 1638, sa veuve Marguerite de Béthune (fille de Sully) et sa fille Marguerite de Rohan s’employèrent en effet à relever les châteaux de Blain et de Pontivy et à y rétablir le droit d’exercice local du protestantisme qui y était associé. C’est ainsi que le pasteur Ramet prit en charge ce qui restait de la communauté huguenote de Pontivy, tandis que Marguerite construisait un temple à Blain.

     Mais, d’après l’Édit de Nantes le « droit d’exercice » supposait résider sur place, au moins une partie de l’année, car, selon l’usage, les grands seigneurs passaient l’essentiel de leur temps à la cour.

L'entrée du château de Pontivy.

L’entrée du château de Pontivy.

    En 1647, les jeunes époux Marguerite de Rohan et Henri de Chabot annoncèrent un prochain séjour à Pontivy. Le château était en très mauvais état et le resta quelque peu, puisque dans une déclaration de 1682, la duchesse mentionne qu’une des grandes tours d’angle était complètement ruinée. En 1647, on s’affaira donc à restaurer le grand logis qui était en triste état. La chapelle, qui servait de temple protestant, se trouvait au bout de la galerie, et le pasteur Ramet occupait une partie des locaux avec sa famille. Il accueillait même à sa table quelques jeunes pensionnaires, en particulier, cette année-là, un adolescent anglais, nommé George Trosse. Ce dernier avait quitté Exeter pour se joindre à la colonie britannique de Morlaix puis avait pris pension chez le pasteur pour apprendre le français. Bien plus tard, après une jeunesse assez agitée, il deviendra un très austère ecclésiastique presbytérien dans son pays natal et écrira ses mémoires : The life of the Reverend Mr. George Trosse.

     Ce texte est un document fondamental sur la vie quotidienne des protestants de basse Bretagne au XVIIe siècle. Voici comment George Trosse relate un tragique accident au château, qui causa le décès du  pasteur Ramet :

     « Il avait été frappé par une fièvre sévère peu de temps auparavant, et ne s’était pas encore levé. A ce moment-là, la duchesse de Rohan s’était mariée avec un gentilhomme catholique. Comme elle devait rentrer en Bretagne, il fut annoncé qu’elle viendrait au château pour y résider quelques jours. On employa des ouvriers à réparer et nettoyer le château pour son accueil et son logement. Le jour du Seigneur, M. Ramet sortit de sa chambre pour voir les réparations, et alla à une des fenêtres de la galerie. Il posa sa main, il me semble, sur une pièce de bois pourrie qui se brisa sur lui. La fenêtre entière, le plafond et l’ensemble tombèrent sur son dos, et on le releva assommé et sans souffle. On le porta vers sa chambre à quelques pas là, et il mourut […] Cette mort prématurée fut exploitée comme scandale par les papistes, et ils poussèrent des cris d’insultes contre nous, quand nous sommes sortis dehors : « le grand chien (ou le grand hérétique) est parti en enfer », et des choses semblables. Leurs jésuites, prêtres et moines saisirent l’occasion dans leurs discours, que ce soit en chaire ou ailleurs, pour diffamer la religion protestante et soulever leur peuple contre elle[1]… »

     L’auteur d’une biographie de George Trosse donne plus de détails sur la mort du pasteur Ramet, sans que l’on sache s’il s’agit d’une glose ou de nouvelles informations : « Il sortait de son appartement, le jour du Seigneur, pour examiner quelques réparations en cours dans une partie éloignée du logis, quand, soudainement, une partie de la construction tomba sur lui. Il fut précipité en bas, et on le releva inanimé. Il expira peu de temps après avoir été extrait des gravas[2]« .

     Marguerite de Rohan trouva rapidement un successeur au pasteur Ramet en la personne d’Étienne Briant, venu de Touraine. Devenue veuve en 1655, la duchesse continua à protéger ses Églises bretonnes. En 1681, le pasteur Etienne Morin succéda à Briant. Mais c’étaient les dernières années de paix avant la Révocation de l’Édit de Nantes. Marguerite de Rohan décéda en avril 1684, un an auparavant. Elle ne vit pas la dispersion de l’Église qu’elle avait protégée presque jusqu’au bout. Le pasteur Morin et un certain nombre de des paroissiens purent passer dans le Refuge[3]. Aujourd’hui, selon la volonté conjointe des descendants de la famille de Rohan qui firent don du château à la ville, ainsi que de la municipalité de Pontivy, la chapelle est ouverte au culte protestant.

 Jean-Yves Carluer


[1] George Trosse, The Life of the Reverend Mr. George Trosse, McGill-Queen’s University Press, 1974.

[2] Life of the Rev. George Trosse, of Exeter, England, Presbyterian Board of Publication. Ed. 1840, p. 8.

[3] Pour plus de détails sur les huguenots de Pontivy, consulter l’article de Jean-Luc Tulot, « Le protestantisme à Pontivy au temps de l’Édit de Nantes », Bulletin et Mémoires de la Société Polymathique du Morbihan, tome CXXVII, 2001, p. 73-89

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