Jean Scarabin

Le pasteur Jean Scarabin (1876-1974).

     C’est un des plus grands évangélistes qu’ait connu la Bretagne. Les diverses communautés protestantes de Saint-Brieuc, Perros-Guirec, Guingamp ou Lannion tirent d’une certaine façon leurs racines du travail persévérant de ce pasteur méthodiste qui vécut presque centenaire.

    Il naquit dans une famille d’agriculteurs très pauvres de la commune de Plougras, à la limite du Finistère et des Côtes-d’Armor, le 15 novembre 1876. Les enfants de Laurent Scarabin et Marie-Jeanne Buannec sont nombreux et intelligents. Deux filles deviendront institutrices, laïques bien sûr, car la famille est « républicaine ». C’est ce qui pousse le père à confier le jeune Jean, au lendemain de son certificat d’études, au pasteur Guillaume Le Coat, connu dans toute la région pour son engagement politique « bleu ». Le directeur de la mission baptiste ne pouvait, hélas, prendre directement en charge les études du garçon. Il proposa donc au père de le confier à un couple de ses amis, les Le Page, qui résidaient à Jersey. Ces derniers étaient des protestants de confession méthodiste, très fervents dans leur foi.

    Jean Scarabin poursuivit donc ses études dans l’île de la Manche et se convertit au contact de sa famille d’accueil. Il revint en France en 1898 suivre la formation théologique méthodiste à la maison d’études de Courbevoie. Il compléta ensuite son cursus pastoral à Londres et accomplit un service militaire de deux ans.

    Dans un travail de thèse en cours sur le développement du méthodisme dans les Côtes-d’Armor, le pasteur Jean-Louis Prunier montre l’importance des décisions du synode de cette Église qui s’était tenu à Paris du 9 au 16 juin 1904. Constatant qu’il n’y avait pas encore de culte protestant régulier à Saint-Brieuc, pas plus que sur l’ensemble du littoral des Côtes-d’Armor, les pasteurs réunis décidèrent « qu’il y a lieu de commencer dès cette année une œuvre d’évangélisation en Bretagne. M. Jean Scarabin sera l’agent de cette œuvre« . Ils avaient remarqué les qualités d’évangéliste du jeune homme comme celles de sa future épouse, car Jean Scarabin s’était fiancé à Eugénie Prévot, une ancienne pensionnaire de l’orphelinat La maison des enfants, fondée par Lydie Hocart à Levallois. Le mariage fut béni en 1905 par le pasteur Onésime Prunier.

    Jean Scarabin s’était alors déjà installé à Saint-Brieuc, plus exactement à Cesson, puis aux Villes dorées.

Jean Scarabin

Le pasteur Scarabin sur les quais du Légué en 1924

    La première partie de son ministère consista à rassembler les protestants de la ville, créer en 1906 une association cultuelle et commencer l’évangélisation des environs. Il estima très vite que la cité épiscopale, trop catholique et « bourgeoise », était peu réceptive au protestantisme. Il s’y fit d’ailleurs relayer en 1908 par le pasteur Théophile Roux qui put bâtir le temple actuel. Il préféra se rendre à Lannion, au cœur d’une campagne bretonnante où il était particulièrement à l’aise et où il collaborait avec les colporteurs de la mission de Trémel. Obtenant quelques succès à Lannion, Jean Scarabin y fit construire le temple qui existe toujours aujourd’hui. Il se rendit dès 1911 à Perros-Guirec où s’adressa à des auditoires particulièrement réceptifs. Il ouvrit des réunions dans les différentes communes du littoral comme Trébeurden, Pleumeur-Bodou ou l’Île-Grande.

    Jean-Scarabin se trouva mobilisé en août 1914, avant d’être libéré en septembre 1917 comme père de famille nombreuse. Le synode méthodiste ne le renvoya pas immédiatement en Bretagne, car des besoins plus pressants l’exigent ailleurs, à Thiers puis au Vigan où il reste jusqu’en septembre 1921, puis il revient enfin à Saint-Brieuc comme pasteur

    Pourtant l’appel de l’évangélisation itinérante est plus fort. Jean Scarabin se fait reconnaître et financer comme agent de la Mission Populaire Évangélique, de Paris, qui met à sa disposition les moyens les plus modernes de l’époque : une voiture automobile et un local mobile déployable sur roues, la « semeuse » autrefois utilisée par le pasteur Ullern en Savoie. Il s’entoure d’une équipe de volontaires recrutée parmi ses convertis.

    Il porte d’abord ses efforts sur le port du Légué où il achète une salle de réunions, puis à Guingamp où il installe longtemps la « semeuse ». Mais ses plus grands succès l’attendent sur le littoral. Il se tourne vers le sud de la baie de Lannion. Il établit en 1925 des réunions régulières à Locquémeau. Il contribue à développer à Perros-Guirec la congrégation qui avait fondée avant la guerre. La mission méthodiste, impressionnée par les résultats, affecte à ces œuvres plusieurs collaborateurs qui relayent le travail de défricheur accompli par Jean Scarabin. Mais déjà l’infatigable évangéliste se porte sur le littoral de la baie de Saint-Brieuc, entre Binic, Étables et le Val-André. Il entame même en 1936 des efforts d’évangélisation en Bretagne intérieure, en particulier à Pontivy.

    Jean Scarabin prend sa retraite en 1939 et se retire dans une petite maison de Martin-plage en Plérin, tout en continuant à épauler ses collègues en charge des œuvres qu’il avait fondées. Il bénéficie d’une longue vieillesse puisqu’il ne décède que le 11 juillet 1974 chez sa fille à Montpellier.

    Plusieurs protestants se souviennent encore aujourd’hui de ce pionnier breton dont la longévité pastorale jusqu’à une période relativement récente n’a été égalée que par son collègue Caradoc Jones, de Paimpol.

    Tous s’accordent à voir en Jean Scarabin un remarquable orateur, en français comme en breton, dynamique, très vivant et concret, s’appuyant sur les chants que dirigeait autrefois son épouse. Il est de ceux qui ont imprimé une marque durable sur le protestantisme breton.

Jean-Yves Carluer

Une réponse à Jean Scarabin

  1. Scarabin dit :

    Il est très émouvant pour moi de lire cette biographie de mon grand-père paternel.
    Merci de l avoir écrite. Je serais bien sûr très intéressé par d autres documents permettant d éclairer mes origines.
    Avec toute ma reconnaissance

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