Ferdinand Favre

Ferdinand Favre (1779-1867), député maire de Nantes:
un grand notable protestant

Il a été maire de Nantes pendant 30 ans, député puis sénateur. Protestant engagé, il est, très jeune, secrétaire du consistoire de Loire-inférieure et même membre de l’éphémère Conseil central des Églises réformées, en 1852 à Paris.

Ferdinand Favre (1779-1867)

Ferdinand Favre (1779-1867)

     Ce grand notable protestant breton était né en Suisse, à Couvet, dans le canton de Nauchâtel. Il ne s’installa à Nantes qu’en 1793, à l’âge de 14 ans. Ses parents étaient des industriels qui s’établirent sur les bords de la Loire pour s’intégrer au clan familial des Gorgerat, Petitpierre et Favre qui y dominent l’industrie de l’indiennage (impression sur tissus, plus connues aujourd’hui par les productions d’autres protestants, les «toiles de Jouy»). Les Suisses avaient perfectionné les techniques utilisées et étaient en avance sur la concurrence. Les Neuchâtelois de Nantes se montrent ardents républicains. Deux des cousins de Ferdinand Favre sont prénommés Jemmapes et Fleurus !
Mais le négoce de l’indiennage s’affaiblit progressivement dès la fin du XVIIIe siècle, suivant en cela le déclin du commerce atlantique. Les guerres de la Révolution et de l’Empire ont mis à mal les relations avec les Antilles. La reprise des activités en 1815 se devait de rompre avec la sinistre pratique du commerce triangulaire et de la traite des Noirs, dénoncées, entre autres par une nouvelle génération de négociants protestants, marqués par le courant évangélique et conduits par Thomas Dobrée ou Frédéric de Coninck. Ferdinand Favre ne se rallia pas au Réveil. Mais il s’adapta au nouveau contexte économique. Il est de ceux qui réorientent l’activité de Nantes vers l’industrie alimentaire et chimique : raffinerie de sucre et fabrication d’engrais (noir animal), où il fait fortune.
En 1815, le jeune Ferdinand Favre, officier de la garde nationale, se fait peu à peu connaître pour ses idées libérales et réformatrices. En 1832, le roi Louis-Philippe le nomme maire de Nantes. Il reste à ce poste jusqu’à la Révolution de février 1848 où il est remplacé. Mais il prend sa revanche en devenant presque immédiatement député. Il est de nouveau maire de 1851 à 1865, ainsi que sénateur à partir de 1857.
La longévité politique de Ferdinand Favre s’explique en grande partie par ses qualités d’adaptation et par son réseau. Ses adversaires l’ont assez souvent qualifié d’opportuniste. Fondamentalement monarchiste orléaniste libéral, il servit fidèlement le Second Empire. Ses contemporains s’étonnaient de voir ce protestant élu régulièrement avec l’appui des catholiques du département. Il est vrai qu’il votait habituellement les projets des partis conservateurs, à la notable exception de la peine de mort qu’il voulait abolir. Ferdinand Favre est globalement un homme d’ordre, ce qui explique qu’il ait soutenu les mesures de restriction des libertés de colportage et du droit de réunion. En cela, ce grand notable protestant ne manifeste pas d’engagement évangélique, sans être, pour autant de tendance libérale marquée. Membre du consistoire réformé, il contribue à l’essor de la paroisse protestante de Nantes, qui édifie le temple de la place de Gigant en 1855, alors que Ferdinand Favre est maire de la ville.
A noter que Ferdinand Favre était passionné de botanique et qu’il a joué un rôle essentiel dans la création du Jardin des plantes de Nantes. Selon un usage protestant séculaire, il a été inhumé avec les autres membres de sa famille dans un enclos privé qui dépendait de la propriété Petitpierre au Clos-sur-l’eau à Saint-Sébastien-sur-Loire. Le domaine a été détruit, le cimetière privé demeure (mais pour combien de temps ?) un espace typiquement huguenot en pleine agglomération nantaise. L’image peut sans doute s’appliquer à l’homme politique qui y est inhumé : un protestantisme d’héritage agissant au coeur d’une grande ville industrielle…

Jean-Yves Carluer

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