James Bromfield : le gentleman-chasseur victorien qui devint protestant breton

     Ses ouvrages ont été portés à la connaissance du public cultivé par mon collègue Jean-Yves Le Disez, actuellement doyen de la faculté des Lettres de Brest, qui en a fait un des sujets de sa thèse. Il avait été frappé par l’audace de ses remarques et l’élégance de son style littéraire. James Bromfield était tout à la fois un élégant aristocrate britannique, un spécialiste international de la chasse, un fin observateur des moeurs sociales et politiques de Basse-Bretagne, et, pour couronner le tout, l’avocat inlassable des protestants bretons. Il est vrai que ces derniers étaient alors fort malmenés par les autorités du milieu du XIXe siècle. En 1851, les fondateurs de la Société des Intérêts du Protestantisme dans la Basse-Bretagne, ses amis les pasteurs Achille Le Fourdrey, John Jenkins, James Williams et Jacques Planta, l’avaient immédiatement désigné comme trésorier. Il devenait par la même occasion le gestionnaire du petit journal Le Bulletin Évangélique de Basse-Bretagne. Bonne plume, il y contribuait régulièrement par quelques articles où il se montrait désireux de toujours plus de foi, de zèle et d’unité chrétienne.

     Cet éclectisme dans les centres d’intérêt explique sans doute que notre jeune aristocrate britannique se présente dans ses ouvrages sous diverses signatures. Il publie son traité sur la chasse en Bretagne sous le pseudonyme de L. Hope. Dans le Bulletin Évangélique de Basse-Bretagne, il est J. Broomfield avec un o de trop, et quand il fait paraître ses deux œuvres majeures, Britanny and the Bible[1], ainsi que Lower Britanny and the Bible There, qui sont des plaidoyers pour la liberté religieuse, il garde son vrai patronyme, James Bromfield. Ce dernier ouvrage, datant de 1863, transcrit les dernières informations recueillies par notre gentleman voyageur avant qu’il ne retourne définitivement en Angleterre[2].

     Il y a plus de 20 ans maintenant, quand Jean-Yves Le Disez rédigeait sa thèse, il était pratiquement impossible d’identifier précisément James Bromfield : ces noms et prénoms sont très communs en Grande Bretagne. C’était chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais lorsque j’ai croisé il y a quelques mois mon collègue, nous avons convenu alors qu’il était maintenant possible de tenter l’expérience, puisque l’informatique et l’interconnexion numérique permettent des rapprochements impressionnants.

ancien temple baptiste de Morlaix

L’ancien temple protestant de la rue de Paris à Morlaix (état vers 1910, avant sa reconstruction ultérieure)

     C’est chose faite. J’ai retrouvé le logement de James Bromfield et sa famille dans le recensement de la population de Morlaix en 1851. Il logeait au 16, rue de Callac, le long du Jarlot, dans le prolongement de la rue de Paris où se trouvait le temple qu’il fréquentait avec son ami John Jenkins[3]. James Bromfield résidait avec son épouse Alice Anne Worthington, leurs trois jeunes enfants, ainsi que deux de ses sœurs, Elisabeth et Marguerite Bromfield.

     Toutes ces précisions permettent d’identifier le James Bromfield qui nous occupe. Il était né en 1815 à Whitchurch dans le Stropshire, une pittoresque région très tôt industrialisée. Originaire d’une famille de hobereaux locaux, il épousa la nièce et héritière d’un magistrat de la région, ce qui lui permit de vivre confortablement de ses rentes et de séjourner à l’étranger. Il était de confession anglicane, de tendance nettement évangélique. Peut-être l’amour de la Bretagne lui vint-il de la proximité du Pays-de-Galles. Whitchurch est sur les marches galloises. En tous cas, James Bromfield se passionna pour l’évangélisation protestante de la Bretagne, que ce soit à à Morlaix, puis Brest, Quimper et Lorient. Il nous laisse dans ses ouvrages des dialogues percutants et des anecdotes savoureuses, comme celle que nous raconterons bientôt sur ce site, quand il manque de se faire surprendre par les douaniers en important en contrebande des Bibles et des traités protestants en breton. Le lecteur qui voudra en savoir plus dès aujourd’hui sur l’activité de notre gentleman lira avec intérêt le chapitre 12 de l’ouvrage de Jean-Yves Le Disez, Étrange Bretagne, récit de voyageurs britanniques en Bretagne (1850-1900). Le chapitre 12 est opportunément consultable en ligne : « James Bromfield, missionnaire de la différence »[4].

 Jean-Yves Carluer

[1] Britanny and The Bible, Londres, 1852, 160 p. Lorsque Jean-Yves Le Disez avait rédigé sa thèse sur les voyageurs britanniques en Basse Bretagne, l’ouvrage était devenu introuvable. Un des chapitres de Bromfield avait paru en octobre 1852 dans le Church of England Magazine. Le livre est aujourd’hui entièrement et gratuitement consultable sur le site de l’Université du Wisconsin ! LIEN

[2] Lower Britanny and the Bible There : its priests and people, also notes on religious and civil liberty in France, Londres, Longman ,1863, 337 pages. Consultable en ligne sur le site www.hathitrust.org.

[3] Selon le même recensement, John Jenkins et sa nombreuse famille résident au 36, rue longue.

[4] Presses universitaires de Rennes, LIEN

Une réponse à James Bromfield : le gentleman-chasseur victorien qui devint protestant breton

  1. Le Disez dit :

    Excellent ! Bravo.

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