Renée de France (1510-1574)

Fille d’Anne de Bretagne, celle qui aurait dû hériter du duché était protestante !

Renée de France fut duchesse de Ferrare en Italie, duchesse de Chartres, comtesse de Gisors et dame de Montargis, en France, à défaut d’être duchesse de Bretagne. Elle était fille de roi, née à Blois le 25 octobre 1510, deuxième fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne.

A l’âge de 4 ans, Renée de France devint orpheline de mère et bientôt de père, ce qui mit à mal le brillant destin d’une jeune femme aux multiples dons. Le nouveau roi, François 1er, était l’époux de sa sœur aînée, Claude, et devint son tuteur. Par raison politique, le souverain s’était fait remettre par Claude tous ses droits sur le duché. Cette donation était une violation du contrat de mariage de Louis XII et d’Anne de Bretagne, conclu à Nantes en janvier 1599, qui spécifiait que le duché devait revenir au « second enfant masle, ou fille à défaut de masle, venant de leur dit mariage ». François 1er, soucieux d’éviter toute contestation ultérieure, décida de marier sa jeune belle-sœur à un prince étranger de médiocre importance qui ne pourrait soutenir un conflit avec lui. C’est ainsi que Renée épousa en mai 1528 Hercule II d’Este, duc de Ferrare, un petit état italien proche de la Toscane. Hercule d’Este n’était apparemment pas mauvais homme, malgré une ascendance de triste réputation : sa mère était la célèbre Lucrèce Borgia, fille naturelle du pape Alexandre VI.

Renée de France, duchesse de Ferrare. Portrait attribué à Clouet.

Renée avait été élevée, selon la volonté d’Anne de Bretagne, par une de ses grandes amies, Michelle de Saubonne, une humaniste très cultivée, protectrice de Clément Marot, Guillaume Budé et Bernard Palissy et qui devint l’épouse de Jean V de Parthenay et se fit protestante. Renée de France, devenue Duchesse de Ferrare, fait venir dans sa petite capitale Michelle de Saubonne, dame de Parthenay, Clément Marot et d’autres Réformés. Au printemps 1536, elle prend même quelque temps pour secrétaire Jean Calvin qui venait de publier la première édition de l’Institution de la religion chrétienne mais n’était pas encore établi à Genève. La duchesse de Ferrare est ouvertement protestante à partir de 1542, et sa capitale devient un refuge pour les huguenots européens. Le duc laisse faire, tout en donnant des gages au parti catholique, puisqu’il marie leur fille au duc de Guise. Hercule d’Este un « moyenneur », comme on les appelle bientôt, qui mène une politique de neutralité et de tolérance : il accueille également des notables juifs persécutés. Cette situation dure jusqu’en 1554, où, sous la pression conjuguée de l’Empereur Charles Quint et du roi de France Henri II, le duc de Ferrare entreprend de détruire le cercle réformé. Les serviteurs protestants s’enfuient et la duchesse est emprisonnée et condamnée à la prison perpétuelle par le grand inquisiteur Ory, ses enfants sont placés dans des institutions religieuses. Renée de France se décide alors à abjurer du bout des lèvres, à la grande déception de Calvin, et le duc de Ferrare chasse l’inquisiteur. La duchesse retourne au protestantisme.

Devenue veuve en 1559, Renée de Ferrare retourne en France et s’installe à Montargis. De nouveau, son domaine devient un refuge huguenot lors des guerres de religion. Les mariages de sa fille Anne avec le duc de Guise puis le duc de Nemours, tout comme le chapeau de cardinal obtenu par son fils cadet Louis, protègent une mère qui, elle-même, protège les Réformés, plusieurs centaines à la fois, selon Brantôme, même après la Saint-Barthélemy. Lorsqu’elle meurt, en 1574, sa fille la fit enterrer à la façon huguenote, quelque part dans l’enceinte du château.

En dépit d’une vie passée entièrement à l’extérieur du duché de Bretagne, la fille de la Reine Anne a eu une influence importante sur le développement de la Réforme en Armorique. L’Université de Ferrare, devint, sous son règne, une destination privilégiée pour les futurs magistrats bretons, et plusieurs en revinrent protestants. De plus, l’entourage intellectuel huguenot de la duchesse, autour de Michelle de Saubonne, dame de Parthenay, et de ses enfants, s’enracina en Poitou et Saintonge, interpénétré avec un autre réseau, celui des Rohan. Françoise de Parthenay, fille de Michelle de Saubonne, devenue duchesse de Rohan, sera encore, bien plus tard, l’âme de la résistance protestante à Blain comme à La Rochelle.

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