Françoise de Rohan

Histoire d’une vie gâchée

      Françoise de Rohan ( 1540-1591), dame de la Garnache et duchesse de Loudun, était la fille d’Isabeau d’Albret et se trouvait donc être la sœur cadette du vicomte Henri de Rohan que nous avons présentés sur ce site. Belle ascendance assurément, mais qui n’épargna pas un rude échec matrimonial à cette cousine du roi Henri IV.

     Demoiselle de sang royal, elle avait rejoint la cour des Valois, seule, à l’âge de 13 ans. La reine Catherine de Médicis l’avait demandée comme fille d’honneur. C’était un ordre qui ne se discutait pas. La jeune Françoise se trouva donc presque laissée à elle-même en un lieu qui deviendra plus tard sous la plume des auteurs romantiques un véritable antre de toutes les perversions. Ce n’était quand même pas le cas en 1553-1559. Une duègne surveillait personnellement la demoiselle et la reine ne tenait pas à ce qu’un scandale éclabousse sa cour. On laissa néanmoins s’opérer un rapprochement entre la Bretonne et un des plus séduisants jeunes seigneurs de la cour, le duc de Nemours. Issus tous les deux des plus grands famille de France, ils étaient au dessus de tout soupçon.

     Le duc courtisa longtemps Françoise, jusqu’à ce que les deux s’accordent en 1556 sur une promesse de mariage suivie d’une cérémonie privée clandestine où les deux intéressés échangèrent leurs vœux devant témoins. Cela se pratiquait encore à l’époque et avait une certaine valeur légale, même sans la présence d’un prêtre. Mais la Cour de France comme le Concile de Trente s’opposaient de plus en plus à cette pratique qui contrecarrait les politiques officielles d’alliances dynastiques.

     Les clans familiaux des deux jeunes gens, justement, s’opposaient à ce mariage. Mais ces derniers passèrent outre et commencèrent une vie commune, toujours clandestine, en attendant une officialisation à venir. Là-dessus, le roi Henri II chargea Nemours d’une longue mission en Italie d’où il revint avec des sentiments changés, au moment même ou Françoise de Rohan se découvrait enceinte. Le scandale était énorme, le roi montra son courroux. Françoise trouva refuge auprès de son oncle le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, et accoucha à Pau le 24 mars 1557.

     Il allait s’en suivre un procès fleuve de près de 20 ans qui passionna la noblesse française et inspira, dit-on, le roman La princesse de Clèves. Françoise s’estimait mariée et en produisait divers témoignages, tandis que Nemours protestait et s’unissait bientôt en grande pompe avec Anne d’Este, veuve de François de Lorraine, duc de Guise.

     L’affaire, délicate sur le plan juridique, se compliquait en affaire religieuse, politique, et militaire. Françoise de Rohan semble s’être convertie à la Réforme vers 1561, à peu près en même temps que ses frères. De l’autre côté, par son mariage, Nemours apparaissait comme un des chefs du parti catholique.

La Garnache

Les ruines du château de La Garnache

     Sans entrer dans le détail complexe des événements qui suivirent sur fond de guerres de religion, notons que, d’un côté la conversion de Françoise de Rohan, devenue dame de La Garnache, apparaissait comme un handicap pour sa cause, mais lui offrait, en même temps, une porte de sortie dans la mesure ou le divorce était permis aux Calvinistes. C’est bien dans ce sens qu’une solution fut trouvée in extremis en 1579. Lorsque le dernier roi de la dynastie des Valois, Henri III, négocia la paix de Fleix avec Henri de Navarre, le futur Henri IV, Françoise de Rohan ne fut pas oubliée. Dans une lettre royale du 9 février 1579, Henri III déclara que la Dame de la Garnache n’encourait « aucun blâme pour raison de ce qui est advenu » et la déclarait « libre de contracter mariage« . C’était reconnaître ses droits tout en prononçant son divorce, comme l’écrit Nicole Dufournaud[1], chose qui arrivait pour la première fois dans l’histoire de France. Françoise de Rohan était élevée en outre au titre de duchesse de Loudun.

     La résolution de cette épineuse affaire contribuait à réduire pour un temps la tension existant entre Catholiques et Protestants en France. C’était l’œuvre de juristes aussi distingués que François Viète, protégé de Françoise de Rohan, qui écrivit un de ses grands ouvrages de mathématiques lors d’un séjour dans ses domaines de la Garnache et de Beauvoir-sur-Mer.

Françoise de Rohan décéda en 1591, seule.

 Jean-Yves Carluer

[1] Nicole Dufournaud, Rôles et pouvoirs des femmes au XVIe siècle dans la France de l’Ouest, p. 345.

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