Jean Berton à Nantes

Le pasteur Jean Berton à Nantes pendant la première Guerre mondiale.

     Le pasteur Jean Berton (1892-1976), bien que très jeune encore (23 ans), assura l’intérim de l’Église de Nantes pendant la guerre 1914-1918.

Chaire du temple de place de Gigant

La chaire monumentale du temple de la place De Gigant à Nantes en 1943 (Photo André Privat).

    Le Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français a publié des extraits de ses très intéressants « Souvenirs », avec des notes du professeur Daniel Robert ( B.S.H.P.F., 1987, p. 80-114). Les pages consacrées à Nantes ne figuraient pas dans ces morceaux choisis et nous les publions ci-dessous. Daniel Robert, neveu par alliance du pasteur Berton, m’avait communiqué, il y a 20 ans, cette transcription effectuée sur un manuscrit à la lecture difficile.

   « … Je répondis télégraphiquement oui (aux Nantais qui cherchaient un intérimaire)…

    J’ignorais tout de Nantes. Je savais seulement que le maire, Paul Bellamy, faisait partie du conseil presbytéral. Ce fut par lui que je commençai mes visites. Je me rappelais l’impression qu’il m’avait faite au synode de Fontenay. Sans doute jugea-t-i1 que j’étais bien jeune…

    Sans en avoir l’air, il me glissa d’utiles indications sur quelques personnalités auxquelles j’allais avoir affaire et sur les visites qui s’imposaient.

– Ne perdez pas de temps à revenir en visite officielle à la mairie.

– Que dois-je faire vis-à-vis de 1’êvêché ?

– Je suppose que 1’évèque serait étonné de votre visite.

    Le lendemain je mis mon haut de forme et pris un taxi pour cette tournée. Je la fis dans 1’ordre qui m’avait été discrètement suggéré. Bien m’en prit, car, deux fois, on contrôla, à mon amusement, si je m’étais conformé au protocole.

    La place tenue par le protestantisme, dans cette ville catholique, n’était nullement proportionnée à son importance numérique. Le maire, un de ses adjoints, plusieurs conseillers municipaux, un député, étaient protestants, plusieurs des généraux qui se succédèrent au corps d’armée, un substitut du procureur de la République, des professeurs, des consuls, des industriels, d’autres notables.

    Pour avoir une vue d ‘ensemble dans la cité, j’allais du côté de la ville industrielle, Chantenay, jusqu’à une terrasse d’où l’on dominait tout Nantes, ponctué d’églises et de ponts, la Loire, son port et ses chantiers de constructions ; en face de 1’autre côté du fleuve, la campagne de Rezé, au-dessous, une grande brasserie, à droite, une foule d’usines admirablement situées entre la Loire et la voie ferrée. Partout, des embranchements, des appontements, un trafic fiévreux de trams et de camions. Nantes vivait, Nantes grouillait. Quel contraste avec Montauban et son ralenti !

    Nous devions, ma femme et moi, trouver de nombreux amis parmi les Nantais[1]… Je ne citerai que la femme admirable, accueillante, qui habitait rue Copernic, toujours prête à rendre service, et qui, pendant plus de 40 ans, … est restée correspondre avec ma femme d’abord, puis, après sa mort, avec moi…

(Suit l’éloge du concierge, un modèle).

    Le travail… était considérable, en tout cas à 23 ans et frais émoulu de la fac [de théologie]. Chaque semaine un sermon, au minimum une instruction générale aux élèves de l’école du dimanche… deux cours d’instruction religieuse… trois leçons dans les lycées et dans les   écoles… une demi-après-midi à l’asile Thomas Dobrée (orphelins ou moralement abandonnés), une visite à la maison de retraite protestante assortie d’un culte, des visites systématiques aux soldats malades ou blessés dans les nombreux hôpitaux militaires… un peu d’aide au pasteur de Saint-Nazaire le premier dimanche du mois ».

Le pasteur Jean Berton évoque également son départ de Nantes :

 « Le 11 novembre. On ne peut le lui comparer la libération de Paris en 44. La libération de Paris a bien été la fin d’un cauchemar pour les Parisiens, mais avec trop d’équivoques, trop de bluff, trop de mensonges. Elle ne terminait d’ailleurs pas la guerre…

…Je m’étais engagé à rester à Nantes pendant la durée de la guerre. L’Église me demanda de demeurer en me titularisant « sur place »… Mais je ne pouvais accepter, malgré toute la joie que j’en aurai eu. C’est parce que je n’avais pu être mobilisé que j’étais venu à Nantes, je ne pouvais accepter un poste auquel pouvaient légitimement prétendre ceux qui avaient servi comme combattants… »

 Jean Berton s’il doit quitter Nantes, réalisera ultérieurement une belle carrière pastorale, la terminant comme professeur à la faculté de théologie protestante de Montpellier.

Jean-Yves Carluer

[1] Jean Berton venait d’épouser Madeleine Maury, fille du professeur Léon Maury et soeur de Pierre Maury (président de l’Église Réformée de France de 1950 à 1953), en 1914. Elle décéda en 1933.

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