Yves Omnès, colporteur

     Dans son numéro de janvier 1893, le journal Le Trémélois publiait la rubrique nécrologique du premier colporteur baptiste de Bretagne, Yves Omnès, dit « Vieil Omnès » pour le distinguer de son fils Guillaume, également diffuseur de Bibles, ainsi que de son petit-fils Yves, le très estimé pasteur de l’Église de Plougrescant de 1918 à 1952.

Yves Omnès, dit "Vieil Omnès". Registre des colporteurs français de la Société biblique britannique et étrangère.

Yves Omnès, dit « Vieil Omnès ». Registre des colporteurs français de la Société biblique britannique et étrangère.

     « Le 29 décembre dernier [1892], s’endormait à Morlaix dans la paix du Seigneur et après avoir servi Jésus-Christ avec fidélité pendant 45 ans, le « Vieil Omnès » ou Omnès Coz, comme nous l’appelions dans notre langue bretonne. Premier fruit des prédications de feu M. John Jenkins dans ce pays, Omnès est resté fidèle à l’Évangile jusqu’au moment où son divin Maître est venu l’appeler dans la gloire. Petit fermier et très pauvre, il eut beaucoup à souffrir de la part des prêtres et des catholiques après sa conversion ; car, à cette époque, il n’était pas aussi facile d’adorer le Dieu de l’Évangile en Bretagne, comme il l’est aujourd’hui« . Signalé comme une peste publique par les apôtres de Rome, personne ne voulait avoir de rapport ni de communications avec lui. Ceci dura plusieurs années […] le bruit de toutes ces difficultés parvint aux oreilles d’un ancien général en retraite, possesseur de plusieurs fermes de la contrée, qui exigea de ses fermiers, sous peine d’expulsion, d’être bon pour cet homme et surtout de lui rendre service au moment du besoin ».

      Dans les dernières années de sa vie, il aimait à raconter qu’appelé d’abord à montrer ou à indiquer les chemins du pays au missionnaire, celui-ci lui avait enseigné le chemin du ciel.

    Les circonstances de cette conversion sont confirmées par les rapports du pasteur gallois John Jenkins. Yves Omnès avait été en fait embauché comme cocher du missionnaire dès que ce dernier avait pu se procurer une voiture à cheval. Au fils des voyages, chemin faisant, notre Breton se tourna progressivement mais fermement vers le protestantisme, Il fut baptisé par immersion en 1849 et commença à oeuvrer comme colporteur.

    La notice du Trémélois poursuit : « Dans une circonstance où il accompagna M. Jenkins, ils faillirent être tous les deux tués par la foule excitée contre eux par le prêtre de la localité« . Il s’agissait de l’émeute de 1849 à Moustéru (Côtes-d’Armor), relatée dans le journal gallois Ysorfa y Bedyddwyr, et citée encore en 1913 par Alfred Jenkyns lors du Congrès de l’Évangélisation comme l’exemple même des violences antiprotestantes[1].

    Après avoir été au service la mission baptiste galloise, Yves Omnès se trouva engagé par l’agence française de la Société Biblique britannique de 1885 à 1891. Cette dernière année, celle qui précéda sa mort, il vendit encore 156 exemplaires des Écritures en trois mois.

     Comme le rappelle la notice du Trémélois : « Bien que n’ayant reçu aucune instruction, il avait eu de Dieu une foi vive, une physionomie ouverte et franche, une parole douce et persuasive, et surtout un zèle pour son divin Maitre qui lui donnait la force, malgré toutes les difficultés, d’offrir, avec courage, le Livre de Dieu, le Nouveau Testament, à ses chers compatriotes, comme le seul moyen de leur faire obtenir le Salut, la joie et la paix par Jésus-Christ, seul sauveur des âmes. On peut dire qu’il avait reçu en outre du Seigneur un don particulier pour préparer et organiser des réunions évangéliques, auxquelles il savait attirer souvent les gens les plus hostiles aux protestants. Il a vu avec joie, avant de mourir, les progrès de l’Evangile en Bretagne et il a demandé à Dieu avant de quitter la terre, de répandre particulièrement ses bénédictions sur les membres de la famille Jenkins et sur les autres ouvriers de Dieu dans ce pays ».

 Jean-Yves Carluer  

 [1] Ysorfa y Bedyddwyr, 1849, p. 184.   Congrès de l’Évangélisation, Editions SCE, 1913, p. 226-227.

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