L’Église Chrétienne Évangélique de Brest

75 ans de pentecôtisme à la pointe de Bretagne

     Les premiers pas de cette Église datent de l’automne 1937 quand le pasteur suisse Freddy Andérès, qui avait été jusque là en charge de la communauté naissante de Tréffiagat-Léchiagat s’établit à Brest. Il ouvre des réunions publiques dans des salles de restaurant louées pour l’occasion : »L’aigle d’or » ou « Chez Touz », rue Jean-Jaurès. Quelques guérisons par la foi attirent l’attention, surtout après une mission du célèbre prédicateur Douglas Scott au printemps 1938. Les premiers baptêmes sont célébrés le 24 juin sur la plage de Trégana.

    La congrégation naissante de 20 ou 30 fidèles dispose bientôt de locaux, très inconfortables il est vrai. C’est dans un hangar inchauffable qu’elle se réunit quand survient la guerre.

    Le conflit a des conséquences dramatiques pour l’Église : la ville a été évacuée et détruite, l’auditoire s’est dispersé, le pasteur s’est retiré.

     De 1944 à 1952 le pentecôtisme ne survit que chez quelques familles isolées. Elles sont réunies occasionnellement l’été par des pasteurs de passage comme René Fauvel ou René Pelletier. Pourtant l’évangélisation continue, par exemple lors d’une nouvelle mission de Douglas Scott en octobre 1950. Des baptêmes ont lieu, et de ferventes réunions de maison sont animées par des prédicateurs laïcs originaires de Brest, comme Henri Quéinnec, ou venus des environs.

     En 1950, le pasteur Clément Le Cossec vient s’établir à Rennes et coordonne désormais l’émergence des oeuvres pentecôtistes naissantes dans les villes de Bretagne. A partir de 1951, il vient visiter un lundi par mois le groupe brestois, qui se réunit le reste du temps dans divers locaux privés sommairement aménagés.

     Un de ces locaux est resté inscrit dans la mémoire commune de l’Église de Brest et du mouvement évangélique tzigane Vie et Lumière. La « cave de Bourdoulous », dans le faubourg Saint-Marc, est devenue, si je puis me permettre cette expression, la Chambre haute du réveil du peuple gitan.

Jean Duville et Mandz

Jean Nédélec et Jean Duville (Mandz) au départ de la première mission « Vie et Lumière » en 1954. Photo « Lumière du monde », août 1955.

     Les Brestois venaient d’être rejoints par la famille de Jean Duville, dit Mandz, convertie l’année précédente à Lisieux. Le pasteur pentecôtiste de cette ville, Alfred Gichtenaere, avait prié pour un des enfants auquel les médecins de l’hôpital n’avait laissé que peu d’espoir de survivre, et il s’était rapidement rétabli. Les Duville rentrèrent ensuite en Bretagne, qui était leur province de rattachement, et cherchèrent un prédicateur qui accepte de les baptiser. Ils entrèrent en contact avec le groupe pentecôtiste de Brest et la réunion commune fut caractérisée par de marquantes manifestations charismatiques. Le pasteur Clément Le Cossec célébra les premiers baptêmes tziganes sur la grève de Saint-Marc et le réveil Vie et Lumière prit très vite une rapide ampleur jusqu’à devenir aujourd’hui la deuxième Église en nombre de la Fédération protestante de France. En novembre 1954, plus de mille tziganes participèrent à une première rencontre à Brest, organisée malgré une nette opposition de la municipalité. Une série de 20 baptêmes sur la grève du Moulin blanc vint couronner ces journées.

     L’impact grandissant du réveil fut considérable sur les diverses communautés protestantes bretonnes. Trois pasteurs réformés de la province devinrent charismatiques, à commencer par Paul Raynaud qui créa ensuite la Mission Évangélique Bretonne à Douarnenez. Les pentecôtistes de Brest vécurent à l’heure du mouvement tzigane, et l’un d’entre eux, Jean Nédélec, en devint un des premiers pasteurs. Cependant, malgré l’enthousiasme, le nombre de convertis resta encore faible parmi les sédentaires brestois. Ce n’est que lors de la venue du pasteur L. Guyot en 1956 que cette communauté approcha la cinquantaine de membres qui lui permettait d’être indépendante selon les critères pentecôtistes. Clément Le Cossec se consacra bientôt exclusivement au développement du mouvement tzigane, de plus en plus autonome et distinct des communautés pentecôtiste sédentaires.

     L’essor de l’Église de Brest s’est réalisé sous le ministère du pasteur Michel Pelletier qui prend en charge une communauté encore restreinte en 1968. L’extension de l’oeuvre oblige à changer de locaux, d’abord rue Neptune, puis rue Jules Lesven où se trouve son siège aujourd’hui. Michel Pelletier oriente l’assemblée dans des directions peu courantes dans le cadre du pentecôtisme :

– Il est un des premiers à développer en France un volet social important associé à son Église. C’est ainsi qu’il fonde en 1971, aidé de bénévoles brestois, une maison de retraite à Loperhet qui est devenue aujourd’hui un EHPAD.

– Avec d’autres pasteurs de l’ouest du pays membres des Assemblées de Dieu de France, il rejoint dès cette époque la Fédération Protestante de France et participe à la création d’une structure adaptée, l’Union d’Églises Chrétiennes Évangéliques (UECE).

    De plus en plus absorbé par l’oeuvre de Loperhet ainsi que par l’assemblée qui lui est associée, Michel Pelletier confie aux débuts des années 1990 l’Église de Brest au pasteur Daniel Quéinnec, auquel succéderont Marc Antoine, Bruno Pelletier puis Daniel Bodolec. A noter qu’outre Loperhet, l’oeuvre de Brest est également à l’origine de l’Église pentecôtiste de Lannion (pasteur Jonathan Besnard). Aujourd’hui, avec un auditoire de 300 âmes environ chaque dimanche rue Lesven, l’Église Chrétienne évangélique de Brest est une des plus importantes communautés issues de la Réforme en Bretagne.

  Jean-Yves Carluer

ADD Brest rue Lesven

L’église chrétienne évangélique de Brest, rue Lesven, en 2014

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