Henri Ier de Rohan, 1535-1575

     Le premier des Rohan protestant est assez mal connu et, à vrai dire, un peu marginalisé par la mémoire huguenote. Décédé encore jeune et sans descendance survivante, il a été handicapé durant l’essentiel de sa vie par une douloureuse infirmité, la goutte. Du coup ce très grand seigneur, premier des Bretons, prince de sang de la maison de Navarre par sa mère et de ce fait cousin des rois de France, a fait relativement peu parler de lui. Ce jeune homme souvent alité n’a pu briller dans les batailles et les affrontements qui perpétuaient alors la gloire des hommes. Pour plusieurs de ses coreligionnaires il a pu faire figure de trop modéré. Mais, sans faire d’anachronisme, je crois que, selon les critères qui servent à évaluer les hommes aujourd’hui, c’est une des figures les plus estimables du protestantisme du XVIe siècle.

    Henri de Rohan, né en 1535, est l’aîné des fils du vicomte René 1er de Rohan, décédé au combat en 1552, et d’Isabeau d’Albret de Navarre, que nous avons présenteé sur ce site, et qui semble avoir introduit la Réforme dans la famille. Henri de Rohan, élevé à la cour de Béarn, y fut instruit dans la foi réformée. Il participe logiquement dans les années 1560 à la flambée huguenote qui embrase la noblesse de la province.

    Henri de Rohan fait prêcher en sa présence le pasteur Bachelard, dit Cabanes, ministre de Nantes à la Noyale de Pontivy au printemps 1561[1]. Il intercède quelques semaines plus tard auprès du gouverneur de Bretagne en faveur de plusieurs de ses serviteurs qui avaient été emprisonnés à la suite du prêche public, dit du chapeau rouge, à Nantes. Il se défend par la même occasion de divers bruits qui couraient dans la ville selon laquelle il avait voulu s’emparer des clés d’une des portes de la cité. Il se montre très courtois envers le gouverneur, concluant sa lettre par un voeu très oecuménique : « suppliant notre bon Dieu vous maintenir en sa saincte protection et vous augmenter les grâces de son Sainct-Esprit« [2].

La Groulais, Blain

La tour du pont-levis, château de la Groulais, Blain

    Cela n’empêche pas Henri de Rohan d’être très déterminé dans son engagement protestant. Il devient le protecteur des cultes réformés à Pontivy, Josselin-Ploërmel et Blain, sa ville de résidence. Il prit même possession de l’église paroissiale de sa ville de Blain pour l’affecter au culte protestant. Mais, bénéficiant à titre personnel d’une sauvegarde royale, il ne pouvait en pousser trop loin les avantages. Aussi, quand le roi Charles IX passa par la Bretagne en octobre 1564, s’il fit l’honneur au vicomte d’être son hôte, il usa aussi de son autorité pour rétablir la messe dans l’église de Blain. Le culte protestant pouvait néanmoins se tenir au château de la Groulais, tout proche, ou en un autre lieu.

     Le vicomte de Rohan venait d’héberger à Blain depuis la fin 1562, et ce pendant 14 mois, les réfugiés de diverses Églises de Bretagne : il les « reçut humainement, jusqu’à les loger en son château, sans acception de riche ou de pauvre« [3]. Quelques années plus tard, en 1569, il offrit une nouvelle fois en des temps troublés sa « maison ample et grande […]ouverte à tous les enfants de Dieu fugitifs« [4].

     L’érudit Louis Bizeul avait retrouvé un document qui atteste encore de la bienveillance du vicomte, cette fois à l’égard de ses paysans catholiques. Il avait écrit en janvier 1560 à son officier de justice, Pervenchère de Nay, pour se plaindre de ce que « les pauvres gens sont beaucoup foullez de tailles qu’ils sont contrainctz paier contre droict et raison, à quoy je veulx avoir esgard« . Il donnait ordre d’alléger les charges pesant sur la paroisse de Blain, à commencer par les dîmes du clergé (!) « pour le soulagement des dictes pauvres gens« [5].

     Henri de Rohan épouse le 15 février 1566 Françoise de Tournemine, fille d’un autre très grand seigneur breton, le baron de La Hunaudaye. Nous y reviendrons. Il décède le 25 juin 1575 à l’âge de 40 ans, laissant une fille, Judith, qui ne lui survivra guère.

     L’héritage des Rohan passe alors au plus jeune des frères, fils d’Isabeau d’Albret, René II, grand chef de guerre du parti protestant.

 Jean-Yves Carluer  

[1] Vaurigaud, Essai sur l’histoire des Églises réformées…, t. 1, p. 70.

[2] Dom Morice, Mémoires pour servir de preuves…, t. III, 1290.

[3] Travers, Registres de Nantes, vol. II, p. 374.

[4] Crevain, Histoire ecclésiastique…, p. 152.

[5] Louis Bizeul, Histoire de Blain et de son château, Manuscrit (médiathèque de Nantes) t. II, p. 205.

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