Document : l’historique de l’Église protestante de Saint-Servan, par le pasteur M. Raspail

Le 7 janvier 1947,  le pasteur Raspail faisait imprimer chez Lemé, Rue Clemenceau, un opuscule de 16 pages : Historique de l’Église protestante de Saint-Servan. On sait que la commune de Saint-Servan a été rattachée en 1967 à celle de Saint-Malo. Depuis le début du XIXe siècle, Anglicans, puis Réformés et Méthodistes se sont établis préférentiellement à Saint-Servan, où l’on disposait de plus de place, et, à vrai dire, où l’on s’éloignait un peu du clergé catholique local. omniprésent dans la ville close.

 L’ancien temple de la place du Naye

  L’histoire contemporaine (depuis 1815) du protestantisme de la côte  d’Émeraude est fort complexe, puisque les confessions représentées et les paroissiens y ont été extraordinairement divers. C’est dire si l’opuscule du pasteur Raspail est précieux, d’autant qu’il a été écrit dans une phase de mutation, la paroisse méthodiste devenant progressivement réformée depuis 1938. C’est sans doute une des raisons de la composition de ce texte. Le pasteur Raspail, ancien wesleyen, voulait rappeler l’identité de sa congrégation.

Le texte ci-dessous a été complété depuis par des études universitaires de qualité, comme le mémoire de T.E.R. d’Hervé Di Nocéra, Le protestantisme en Haute Bretagne au XIXe siècle, soutenu à Rennes en 1966.  Néanmoins, ce document très rare offre l’avantage de collecter les informations indispensables de la mémoire de l’Église, telle qu’elles existaient encore à une époque où plusieurs des acteurs étaient encore vivants.

Dernier point, qui m’est personnel, ce document a pour moi le parfum de l’enfance. J’ai suivi, dans mes toutes jeunes années, l’École du Dimanche dans le temple de la place du Naye et j’y ai occupé la place « décisive » d’un angelot dans une crèche de Noël des années 1950 ! Je me souviens encore de l’odeur des planche de pin ciré et du sourire de vieilles dames charmantes qui portaient des noms venus des Îles de la Manche. Les unes et les autres ont disparu, un temple neuf a remplacé la « boite à sardines ». Mais la mémoire demeure…

 Jean-Yves Carluer

Historique de l’Église protestante de Saint-Servan

 Par M. le pasteur M. Raspail

 

Avant-propos

Deux sortes de groupements ont contribué à l’évangélisation en Bretagne : d’une part, les Eglises anciennes, telles que Rennes, Nantes et Brest ; d’autre part, des Eglises plus jeunes ou des postes récents comme Saint-Nazaire, Lorient, Vannes, Pontivy, Douarnenez, Quimper, Pont-Labbé, Lesconil, Léchiagat, Kérity, Morlaix, Roscoff, Trémel, Lannion, Trébeurden, Locquémeau, Perros-Guirec, Plougrescant, Paimpol et trois annexes, Saint-Brieuc, Dinan, Dinard, Saint-Servan, Saint-Malo-Paramé, etc..

Mais qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre de ces groupements, il est hors de doute que l’œuvre protestante y a connu des débuts particulièrement difficiles et qu’elle n’a dû son développement progressif et encourageant que grâce au zèle ardent et à la foi sans défaillance des laïques, évangélistes, ou pasteurs qui furent les véritables pionniers du protestantisme dans une région ‘aussi fermement attachée au catholicisme que la Bretagne.

Or, en ce qui concerne l’Eglise de Saint-Servan, il n’est pas sans intérêt de faire connaître le périple de son existence propre, ne serait-ce que pour justifier la gratitude qui est due à ceux qui ont, soit favorisé sa naissance, soit contribué a son développement, malgré les obstacles de tous ordres.

Ce sera précisément l’objet des quelques pages suivantes qui synthétiseront en 6 étapes l’œuvre protestante de cette Eglise.

PREMIÈRE ÉTAPE

 Débuts de l’Œuvre

Depuis l’époque de la Réforme jusqu’à ses débuts suffisamment caractérisés, il ne reste, pour ainsi dire, pas trace de l’œuvre protestante dans la région malouine.

Il convient toutefois de retenir d’un passé déjà bien lointain :

I° Que le pasteur Mahot (1568-1585) fut le premier fondateur de l’Eglise de Saint-Malo, Dinan, Plouër, Combourg et Beaufort ;

2° Que le pasteur Pallory (1603-1626) desservit St-Malo, Dinan et Plouër;

3° Enfin, que de 1637 à 1660, ces mêmes Eglises eurent à leur tête le pasteur Rondel.

Puis vint la révocation de l’Edit de Nantes avec ses conséquences au cours du XVIIe siècle, de sorte que ce ne sera qu’au début du XIXe siècle que l’historique de l’Eglise de Saint-Servan pourra prendre son origine avec :

a) Les pasteurs de Rennes qui, avant toute œuvre d’évangélisation, venaient faire un culte une fois par mois aux protestants disséminés de Saint Servan et un autre culte à Saint-Malo. Ils étaient payés à raison de 65 francs pour chacune des deux villes.

A Saint-Servan, l’Eglise réformée de Rennes avait loué un local au n° 9 de la rue Duperré, au fond de la cour, à gauche; trois fenêtres hautes et cintrées s’y voient encore.

L’Ecole du Dimanche se tenait aux Quatre Pavillons, chez des dames anglaises. Elle y était dirigée parle père de M. Philippe Hamon, originaire de Jersey, qui tenait lui-même l’harmonium, et dont M. Faerber a été l’un des élèves.

A Saint-Malo, le culte français se faisait dans le local d’une œuvre anglaise pour les marins, « The Sailors rest », rue d’Asfeld, face à la Banque de France. Il était fréquenté par très peu de protestants : quelques Anglais et quelques Français, dont la famille Faerber. Le chef de cette famille avait, en effet, quitté la Suisse, son pays natal, en 1857 pour venir travailler en France, y apportant, avec ses talents de pâtissier, son honnêteté, sa droiture qui furent appréciées partout où il passa. Par contre, il souffrit beaucoup, lui protestant, de se trouver si isolé dans des milieux catholiques souvent hostiles.

C’est ainsi que, s’étant arrêté quelque temps à Laval où il avait des compatriotes, il eut à constater que les autorités ayant interdit l’enterrement de jour d’un jeune Suisse protestant, ce ne fut que vers 8 heures du soir, et avec des lanternes, que l’inhumation put se faire, mais sans pasteur, les lectures et prières étant faites par un ami de la famille éprouvée.

M. Faerber père avait été si fortement impressionné qu’il faillit retourner en Suisse ; mais il tint bon et vint s’établir à Saint-Servan. Or, c’est cette patience et cette courageuse volonté qui valurent à l’Eglise le privilège d’avoir comme Trésorier, puis comme Vice-Président, le fils de M. Faerber.

N’ayant pas connu une hostilité analogue à celle qui vient d’être évoquée, les pasteurs de Rennes auraient bien voulu se consacrer à l’évangélisation de la région, s’ils n’avaient été déjà trop absorbés par le travail de leur propre Eglise. Ce furent donc des amis anglais qui entreprirent cette œuvre.

b) L’évangélisation. — En 1879, le Révérend Docteur Somerville, qui avait travaillé dans la mission Mac-All, vint à Saint-Servan et à Saint-Malo, où il présida tout d’abord quelques réunions pour les Anglais.

Puis, accompagné de deux évangélistes, M. Le Gros, originaire de Jersey, et M. Charlier, Suisse d’origine et père de Mlle Elsie Charlier, il organisa des conférences au Casino de Saint-Servan.

Il y parlait en anglais, et M. Charlier en assurait une excellente traduction.

La première conférence eut lieu le 29 Juillet 1879; elle comporta plusieurs allocutions et des chants, avec une assistance de 240 Français et 55 Anglais.

D’autres réunions, qui regroupèrent jusqu’à 400 personnes, donnèrent à penser qu’un tel résultat pourrait bien provoquer une certaine réaction ; mais comme elle ne s’était pas produite, l’œuvre d’évangélisation put se poursuivre, M. Charlier s’installant à Saint-Malo, M. Le Gros à Saint-Servan, tandis que le Docteur Somerville continuait, à l’intérieur de la Bretagne, sa mission d’évangéliste.

A Saint-Malo, M. Charlier ouvrit une salle de réunion, rue de Chartres, où il prêchait deux ou trois fois par semaine. Il s’adjoignit une institutrice, Mlle Roussier, et créa une école qui fut fréquentée par une vingtaine d’enfants. M. Deveulle, ex-directeur de la Compagnie Maritime, en a été l’un des élèves.

Progressivement, M. Charlier élargit son champ d’action et l’étendit même jusqu’à Cancale où il jouit d’un bon accueil, alors que ses successeurs, on ne peut plus mal reçus, durent abandonner entièrement les résultats acquis.

De toute façon, à Saint-Malo, le travail d’évangélisation se poursuivait, soutenu par la générosité du général Kirby, et grâce au dévouement inlassable de M. Charlier qui devait souvent se faire accompagner pour être protégé contre l’hostilité de certains fanatiques.

Pendant quelques années encore, M. Charlier continua ce qu’il avait si bien commencé ; toutefois, il fut impuissant à en empêcher le déclin.

A Saint-Servan, l’œuvre d’évangélisation prit également un certain développement. M. Le Gros se mit en rapport avec l’Eglise Réformée de Rennes et obtint l’autorisation de présider des conférences et des cultes dans la salle de la rue Duperré. Il eut l’occasion même d’y bénir uni mariage le 7 Avril 1880.

Il intéressa aux visites et au colportage quelques protestants anglais qui résidaient dans la région. Il eut pour successeur le pasteur J. Picot, originaire d’Aurigny.

C’est à cette époque, 1882, que M. et Mme William Fraser achetèrent un terrain place du Naye, en vue d’y construire une chapelle.

DEUXIÈME ÉTAPE

Construction et achat de la Chapelle de Saint-Servan

Un comité anglais d’évangélisation s’étant constitué, à Saint Servan, la création d’une école analogue à celle de Saint-Malo fut décidée et Mlle Borloz en devint l’institutrice. Il reste encore, dans la chapelle, des bancs de cette école dont le dossier ramené en avant pouvait servir de table.

Pendant quelques années, il y eut ainsi, à Saint-Servan, deux serviteurs de Dieu : l’un Anglais, l’autre Français ou parlant français, et ce fut après le ministère très court du pasteur James Picot, que M. Henri Belloncle, évangéliste, prit la direction de la branche française, en 1886.

Le Révérend Gliddon, puis le Révérend Sarchet, s’occupèrent des paroissiens anglais.

C’est le  8 Juin 1886, que M. et Mme Fraser vendirent leur terrain à la société méthodiste, dont MM. Le Gros et Picot étaient pasteurs, en vue d’y ériger la chapelle. L’acte de vente fut signé par le pasteur W. Gibson et le pasteur James Hocart.

La chapelle, édifiée tout entière en tôle ondulée et que certaines personnes du pays appelaient, par dérision, « la boîte à sardines», connut des jours d’animation particulière due à quelques personnes qui venaient en croyant qu’on payait les conversions. Mais, par contre, beaucoup d’autres étaient vraiment intéressées; par exemple Mlle  Tabary qui est devenue un membre fidèle de l’Eglise, où elle fut surtout attirée par le chant des cantiques, et a donné un exemple frappant de ce que Dieu peut faire dans une âme sincère.

Sous l’impulsion de M. Belloncle, l’œuvre fit des progrès notables. Ses conférences, en particulier, étaient très suivies par le milieu ouvrier où il s’était rendu populaire.

Par ailleurs, une série de réunions présidées, à Pâques 1887, par un pasteur de passage, M. de Mouilpied, de Guernesey, eut beaucoup de succès, et des âmes furent touchées.

L’institutrice d’alors, Mlle Chamson, très dévouée dans sa tâche, devint la compagne de M. Belloncle.

Le 19 Novembre 1888, fut fondée une « Union » suivie par une dizaine de jeunes filles se réunissant le Dimanche vers 15 heures. Le lundi, il y avait une réunion de couture, le mardi une réunion de chant, le samedi une réunion de jeux et de conversation en anglais.

Chaque dimanche, le culte était célébré dans la matinée, et une autre réunion des paroissiens avait lieu dans la soirée. En outre, le premier dimanche de chaque mois, le pasteur de Rennes, M. Arnoux, venait prêcher à la chapelle et non plus rue Duperré, comme précédemment. Mais cette participation des pasteurs de Rennes à l’œuvre de l’Eglise de Saint Servan s’amenuisa peu à peu et prit fin vers 1910.

Le développement de l’œuvre était cependant devenu tel que des réactions assez vives se produisirent. Les armateurs menacèrent de supprimer le travail aux ouvriers qui assistaient aux réunions ; un passant cracha un jour sur l’évangéliste; une dame déchira un Nouveau Testament et le lui jeta à la figure. Enfin, lors de l’enterrement d’un jeune enfant au cimetière, deux dames troublèrent le service en interpellant et en se moquant de l’officiant.

Toutefois, M. Belloncle ne se laissa pas arrêter dans sa tâche. Il la poursuivit avec le même zèle et le même courage, jusqu’au jour où il fut appelé à partir vers un champ missionnaire lointain, en Haïti.

Les pasteurs Rosset et Dévenoge passèrent peu de temps à Saint-Servan où ils furent remplacés en 1893 par un homme d’origine modeste mais qui, par sa bonté et son rayonnement spirituel exerça une grande influence dans la région : M. Charles Pallot.

A cette époque, c’est le Révérend J. Greenwood qui exerçait son ministère auprès de la branche anglaise d’évangélisation.

Après avoir dirigé pendant trois ans l’Eglise de Saint-Servan, M. Pallot ouvrit une pension de famille, mais n’en continua pas moins à donner beaucoup de son temps et de son cœur à l’Eglise, soit comme prédicateur laïque, soit comme membre du Comité directeur. En outre, pendant son ministère il inaugura pour les pauvres gens, qu’il aimait, une soupe populaire qui se préparait dans le petit bâtiment situé au fond du jardin de la Chapelle. Et comme il avait exercé un métier manuel auparavant, il rendit encore de grands services pour l’entretien de la Chapelle.

Enfin, il faut dire, tout à sa louange, qu’il essaya à nouveau d’évangéliser la petite Ville de Cancale où il fut très mal reçu et même lapidé. A Dinan, où il vendit plusieurs Bibles, ses adversaires s’empressèrent de créer une société anti-biblique.

De tout ce qui précède, il ressort incontestablement que M. Pallot a fait beaucoup de bien dans la région. Ceux qui l’ont connu en parlent avec émotion et gratitude. Son corps repose dans le cimetière de Lorette.

Après M. Pallot, son successeur le pasteur Daniel Robert, fut le dernier au service de la mission Gibson et il n’y eut plus désormais qu’un seul homme à la tête de l’Eglise.

TROISIÈME ÉTAPE

Direction du Synode Méthodiste : 1900

M. Isaac Gray fut, à son arrivée à Saint-Servan, le premier, pasteur placé directement sous l’autorité du Synode Méthodiste français.

De leur côté, les Anglais se retirèrent dans les chapelles anglicanes de Paramé et de Saint-Servan ce qui constitua une perte sensible pour l’Église et, comme d’autre part, l’élément curiosité jouait moins à l’égard de la population, il en résulta que les auditeurs ne furent plus aussi nombreux. Toutefois, l’œuvre n’en continua pas moins à s’implanter et à se maintenir grâce à une lutte de tous les instants contre les difficultés ou les obstacles.

M. le pasteur Edouard Gallienne arriva en 1904 et partit en 1907. C’est sous son ministère, en 1906 que, pour obéir à la loi, l’Eglise se constitua en association cultuelle.

M. le pasteur Jules Guiton, dont les enfants habitent à la Ville-Auray, succéda à M. Gallienne. Il travailla, lui aussi, avec autant de zèle que de dévouement, pendant cinq années. C’est lui qui prit l’initiative de faire poser les parois en tôles de la Chapelle sur un petit mur en maçonnerie qui, la surélevant ainsi, lui donnait plus de solidité et un meilleur aspect. C’est lui également qui fit installer les vantaux pour permettre une discrète et suffisante aération de la Chapelle.

Et si, comme tous ceux qui ont dirigé l’Eglise, il a beaucoup aimé l’œuvre qu’elle poursuivait, il eut de plus l’occasion de manifester son profond attachement au Synode de 1912, lorsqu’il y fut question de l’enlever du poste de Saint-Servan considéré comme une lourde charge au point de vue financier. C’est qu’en effet, M. Guiton, ayant comme une vision de l’avenir de l’Église, déclara, avec force, que si on ne le remplaçait pas à Saint-Servan, il resterait néanmoins à son poste.   Aussi, très impressionné, le Synode lui nomma-t-il un successeur M. Georges Godel, et l’Eglise, ainsi sauvée, lui doit-elle une pensée toute particulière de reconnaissance.

M. le pasteur Godel eut à peine le temps de prendre contact avec l’œuvre que la guerre 1914 1918 éclata. Il tomba lui-même gravement malade et Dieu le rappela à lui en 1916. Son corps repose au cimetière de Saint-Servan.

C’est sous son ministère, le 15 Mars 1914, que M. Georges Faerber devint le Trésorier de l’Association Cultuelle et que M. Th. Godel en devint le Secrétaire.

Si, après la mort de M. Georges Godel, l’Eglise resta sans pasteur titulaire, elle eut cependant le grand privilège d’avoir encore pour la diriger, M. le pasteur Jules Guiton alors à la retraite et M. Charles Pallot, comme évangéliste.

En 1919, le Synode plaça à Saint-Servan M. le pasteur Henri Faure qui resta en fonction jusqu’en 1925. Sous son impulsion, l’Eglise étendit encore son influence spirituelle aussi bien par ses écoles du dimanche et du jeudi que par des conférences du soir et des réunions de chant.

A M, Henri Faure succéda M. Raspail qui vint comme proposant et ne put rester que deux ans.

QUATRIÈME ÉTAPE

C’est avant le départ de M. Raspail que l’Eglise put réaliser l’acquisition d’un presbytère grâce à la générosité de Mlle Smart, qui, par testament, avait légué à l’Eglise Réformée de Fontainebleau tous ses biens ; mais son légataire universel, M. Etienne Matter, constatant d’une part, que Fontainebleau venait d’acheter un presbytère et que cette Eglise n’avait aucun besoin immédiat ; d’autre part que celle de Saint-Servan n’avait ni presbytère ni mobilier, estima qu’il était plus judicieux d’offrir 25.000 tr. et une bonne partie des meubles de Mlle Smart à l’Eglise de Saint-Servan.

Or, pour  compléter  la somme  nécessaire  à  l’achat du presbytère (111.145 fr. tous frais compris) M. Jules Guiton collecta environ 17000 fr. dans les Îles de la Manche. Le Comité méthodiste donna. 43500 fr. ; le reste fut fourni parles membres de l’Eglise et leurs amis et c’est le 10 Mai 1927 que fut signé l’acte de vente qui rendait l’Eglise Méthodiste de France propriétaire de la Villa « Castel Louis Pierre « ,  rue Surcouf.

M. le pasteur Brée qui succéda à M. Raspail put donc, à son arrivée s’installer dans ce presbytère. Malheureusement, quelques années après, un lourd souci vint à peser sur les membres du Comité directeur : la chapelle, en effet, réclamait d’importantes réparations, en particulier à la toiture ce qui entraîna la nécessité d’une transformation dont M. Besnard, architecte, fut chargé.

Commencés en 1936, les travaux furent terminés en 1938. Or, tel qu’il existe actuellement, le Temple représente un effort financier de plus de 40.000 fr. et donne ainsi plus de considération au protestantisme dans la région. Contribuèrent à cet effort, les méthodistes anglais pour la moitié, la Suisse, par intermédiaire de M. Faerber, de Mesdames Blandin et Brunet pour 10.000 fr., et les membres de l’Eglise, les ventes organisées procurèrent le complément.

M. le pasteur Brée qui avait pris l’initiative de la transformation dû Temple ne put en voir la réalisation par suite de son départ en 1936.

CINQUIÈME ETAPE

Affiliation à l’Eglise Réformée

M. Raspail succéda à M. Brée après l’avoir précédé. Très vite, la question de l’Union des Églises protestantes de France fut à l’ordre du jour du Comité directeur et des Assemblées générales. Quelques personnes résistèrent. C’est donc avec soin qu’on étudia tous les aspects du problème. Mais lorsque le Synode Méthodiste eût donné la possibilité à chaque

Association cultuelle de s’affilier individuellement, à l’Eglise Réformée, — en attendant une décision générale — l’Assemblée des membres décida, à une majorité de plus des ¾ cette affiliation. C’était en 1938, l’Eglise avait la liberté de conserver aussi longtemps qu’elle le voudrait ses habitudes locales. Dans la réorganisation des territoires ecclésiastiques, les annexes de Dinard et de Dinan lui furent cédées par l’Eglise Réformée de Rennes. (La dissolution du synode méthodiste et le rattachement définitif à l’Église réformée de France eurent lieu le 23 Avril 1940 à Paris).

La nouvelle vie Synodale commença. Elle fût heureuse, car l’esprit fraternel régnait entre les diverses branches du protestantisme enfin réunies. Et c’est de toute son âme que le pasteur

de Saint-Servan entreprit son œuvre d’évangélisation, soutenu par l’affection et les prières de ses collègues de la Circonscription bretonne. Conférences le dimanche soir, visites du quartier misérable du « Moulin Blanc », repas pour enfants pauvres à Noël, colportage, nombreux services funèbres de non-coreligionnaires, attirèrent des âmes à l’Evangile. Quelques prosélytes furent admis dans l’Église.

D’autre part, la communauté protestante s’incorporait de plus en plus à la vie de la Cité Servannaise. Le pasteur fit bientôt partie de plusieurs Comités. Les Autorités de la région assistaient, nombreuses, aux cérémonies organisées par le Temple Protestant.

Enfin au sein même de l’Eglise se développait l’esprit du témoignage chrétien. M. Lesage, instituteur, donnait son concours aux réunions du soir, avec d’autres laïques plus âgés. Mme Beurier tint, pendant plusieurs années, la trésorerie de l’Eglise et dirigea avec fidélité son groupe de l’Ecole du Dimanche.

Il  semblait donc que l’Église  de Saint-Servan, dotée d’un beau presbytère et d’un temple convenable, bien installée dans l’Arrondissement de Saint-Malo, et en liaison étroite avec les deux Consistoires de la Bretagne, était, matériellement et  spirituellement, prête à entreprendre une œuvre d’évangélisation de quelque envergure.

Hélas, la guerre qui éclatait brusquement en Septembre 1939, détruisit tous les plans.

SIXIÈME ETAPE

De nombreux réfugiés protestants de Paris, de Normandie, du Nord, de Belgique, d’Alsace, vinrent augmenter les effectifs de la paroisse et y apporter un regain de vie. Des groupes d’Eclaireurs et d’Éclaireuses furent même créés.

Sous l’occupation, le Temple servit parfois aux cultes allemands, bien que généralement les Aumôniers aient utilisé la grande Eglise catholique de Rocabey.

Le groupe des trois villes : Saint-Malo, Saint-Servan, Paramé fut transformé en véritable citadelle où la population vécut bientôt au milieu des blockaus, des fils de fer barbelés et des tranchées. Le pasteur fut naturellement surveillé de près par la Gestapo et les espions français. Les bombardements du port par l’aviation anglo-américaine épargnèrent de justesse le Temple et le presbytère. Plusieurs protestants furent parfois en danger, mais, à la fin de la guerre, on put remercier Dieu d’avoir protégé les membres de l’Eglise : aucun d’eux n’avait été blessé. Il est vrai que la plupart s’étaient cachés à l’intérieur du pays. D’autres y avaient, en tout cas, préparé une retraite.

Lorsque, après la libération de la France par les Alliés, le pasteur, qui s’était réfugié quelques mois dans l’Ardèche où il avait pu recouvrer sa santé compromise par un travail épuisant de cinq années, revint à Saint-Servan, il trouva le Temple très gravement touché par les obus (on s’était même battu à l’intérieur) et le presbytère endommagé. Quelques paroissiens de Saint-Malo avaient tout perdu, lors de la destruction à peu près totale de la ville. Ils s’installèrent ailleurs, courageux et confiants.

M. Raspail, lui-même, en Octobre 1945, quitta son poste pour se fixer dans la grande banlieue parisienne, à Mantes-sur-Seine, l’Eglise de Saint-Servan devant être desservie par M. Bergeret, missionnaire en congé, en attendant l’arrivée de M. le Pasteur Paul Wood, missionnaire en Afrique. C’est à ce dernier, puisque M. Raspail, malgré ses multiples démarches, n’avait pu y parvenir, que devait incomber le soin des réparations des immeubles, en 1946.

VISION D’AVENIR

 A l’heure actuelle deux faits sont encourageants. D’abord, une Eglise des Etats-Unis vient, généreusement, de prendre en parrainage celle de Saint-Servan et veut l’aider a se reconstituer matériellement.

Ensuite, la Société Centrale, Commission d’Evangélisation de l’Eglise Réformée de France, déclare vouloir essayer de conquérir la Bretagne a l’Evangile. Un plan est dressé, des hommes sont désignés, d’autres cherchés. L’Eglise de Saint’ Servan, bien qu’amoindrie par la guerre va donc redevenir un poste d’avant-garde, au milieu de ceux qui, incrédules, indiffé¬rents ou superstitieux ne veulent plus de l’Eglise Romaine. Sa tâche reste rude, dans cette Bretagne pourtant si attachante, mais comme elle a triomphé de bien des obstacles dans le passé, elle peut encore, en devenant de plus en plus consciente de ses privilèges spirituels, réaliser de grandes choses, pour la gloire de Dieu.

7 Janvier 1947.

BIBLIOGRAPHIE

Registre des procès-verbaux et des comptes. Rapport de M. Belloncle. Articles de journaux anglais et français. Actes du Synode.

Consultés sur place : M. Faerber, Mlle G. Tabary, Mlle Charlier, M. J. Guiton.

Consultés par correspondance : M. Th. Roux, Mme Matter, Mme Thiery.

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