Le temps des huguenots bretons (1550-1800).

Le premier protestantisme en Bretagne

     Breton et protestant ! Un paradoxe aux temps de la Réforme puis de la monarchie absolue? Qui étaient-ils, ces étranges armoricains hérétiques, bénéficiaires d’une timide tolérance à l’époque de l’Édit de Nantes ?

     S’il est évident que le protestantisme breton a toujours été largement minoritaire (quelque 5 000 hommes et femmes en moyenne, pendant quatre siècles), il est tout aussi exact que ces Réformés ont pesé d’un poids important, sans commune mesure avec leur nombre, sur la vie religieuse, sociale, culturelle et politique de la province. Le quart des familles nobles a été touché par la Réforme au XVIe siècle, de même que les plus grands imprimeurs, de nombreux médecins et une part notable des conseillers au Parlement… Au cœur du XVIIe, nombre de manoirs et de châteaux de la province résonnaient du chant des psaumes, tout comme les demeures des maîtres de forges et les plus beaux hôtels particuliers du quai de la Fosse à Nantes… Et vers 1660, vingt ans seulement avant la Révocation de l’Édit de Nantes, le clergé breton se lamentait de voir le très huguenot marquis de la Moussaye, beau-frère de Turenne, devenir gouverneur de Rennes et acheter le comté de Quintin : il y avait danger, pensaient les évêques, de voir toute la province menacée de Calvinisme…

I)  1550-1598 : Les faiblesses d’un protestantisme sans paysans…

     Le XVIe siècle est resté longtemps la période la mieux connue du protestantisme breton. La conservation à Rennes d’une histoire manuscrite rédigée en 1682 par le dernier pasteur de Blain, Philippe Lenoir, avait permis aux érudits ultérieurs de rapporter les grandes lignes du développement de la Réforme dans la province. De nouvelles études entreprises depuis une ou deux générations ont progressivement complété l’approche traditionnelle.

 Pourquoi se  » réformer  » ?

     Un début d’effervescence religieuse touche la Bretagne dès 1534, date à laquelle des actes iconoclastes sont perpétrés à Morlaix ou à Dinan : ici un jeune homme détruit une statue de la Vierge, là un prêtre comparaît devant le tribunal ecclésiastique, car il a brisé un crucifix. La Réforme touche aussi quelques hommes du peuple comme cette dizaine d’artisans qui se réfugia à Genève avant 1558. Mais les plus réceptifs sont les gentilshommes des campagnes et les magistrats urbains. A Hennebont ou Ploërmel, les juges sympathisent avec les idées nouvelles ; à Rennes plusieurs conseillers au Parlement sont déjà « infectés d’hérésie », peut-être à la suite de séjours à Ferrare, près de Renée de France, la fille d’Anne de Bretagne, sympathisante de Calvin. Ces milieux, formant une incontestable élite intellectuelle et francophone, attendent une occasion favorable pour oser manifester leur nouvelle foi au grand jour. Cette opportunité leur est offerte par un des frères de Coligny, François d’Andelot, colonel général de l’infanterie. Venu officiellement inspecter les défenses des côtes de Bretagne en 1558, il décide de convoquer la noblesse de la province à l’écoute d’un pasteur au château de La Bretesche, sur les terres de sa femme Claude, baronne de Rieux. En quelques semaines, des dizaines de familles nobles des pays de la Vilaine affirment leur protestantisme.

       Mais depuis un ou deux ans déjà, des Eglises s’étaient constituées dans la clandestinité, à Rennes et à Vitré. Des groupes encore informels se cherchaient à Nantes, Vannes, Hennebont et probablement Ploërmel, qui associaient bourgeois, officiers de magistrature et artisans. Partout prédominait la composante noble, très tôt attirée par la nouveauté religieuse. Les Ferré de La Garaye, en Taden et Sévignac, au pays de Dinan, poursuivis pour avoir brisé les images de la chapelle seigneuriale dès 1555, les La Chapelle à Sion ou les Du Boays près du Croisic, sont probablement les pionniers. Presque partout, il faut mettre en évidence le rôle essentiel des femmes de la noblesse, tout particulièrement des veuves, dans la décision de conversion au protestantisme. Leurs fils, futurs barons huguenots ou capitaines des guerres de religion, ne sont encore que des jeunes gens autour de 1560. Ce sont les mères qui leur ont fait découvrir la Bible. Ce processus, plusieurs fois rencontré dans le Royaume de France, s’applique remarquablement en Bretagne. C’est la douairière de Rohan qui prend vers 1562 l’initiative de faire venir un pasteur à Blain, c’est la dame du Bordage, à Ercé-près-Liffré, qui accueille le Ministre de Rennes, c’est la châtelaine de Vitré, Renée de Rieux, qui fait de sa ville une forteresse huguenote, c’est Jeanne de Malestroit qui prépare l’établissement de la Réforme à Pont-L’Abbé, ce sera bientôt Claude du Chastel qui entraînera la famille Gouyon de La Moussaye derrière Calvin. On pourrait multiplier les exemples. Cette importante initiative féminine est probablement une spécificité bretonne, tout comme l’inégale diffusion du protestantisme. Elle éclaire sans doute aussi sur les mobiles des conversions. Certains historiens ont voulu y voir une manifestation de particularisme politique breton ou au contraire une tentative d’entraîner les nobles de la province dans une modernité nationale, d’autres ont envisagé une réaction féodale devant l’emprise sociale du clergé, mais aucun argument n’emporte vraiment l’adhésion. Le rôle décisif de femmes pieuses et cultivées permet d’accorder, me semble-t-il, une place déterminante aux mobiles purement spirituels. En Bretagne, comme ailleurs, le choix de la Réforme religieuse est bien plus qu’une contestation anticléricale. C’est le choix d’un christianisme épuré, sans autre intermédiation que celle du Christ Sauveur.

 Un protestantisme de langue française…

      Au cours des années 1558 à 1565, période clef où l’essor du calvinisme sembla irrésistible dans le duché, seule la partie orientale et francophone est réellement touchée par le protestantisme. La présence de communautés à Pont-L’Abbé, Hennebont, Morlaix ou Pontivy ne doit pas faire illusion : il s’agissait seulement de groupes urbains ou seigneuriaux très réduits. La barrière linguistique représentée par la limite du breton n’aurait pu être franchie durablement que si les réformés avaient disposé de prédicateurs et de traductions en langue celtique, ce qui ne fut pas le cas, hormis quelques tentatives isolées. On comprend mieux alors pourquoi le premier protestantisme se limita à la Bretagne gallèse. Le réseau des communautés  » dressées  » en 1565 affectait la forme approximative d’un V dont la base aurait été constituée par le pays nantais, depuis les marches poitevines, Vieillevigne et Clisson, jusqu’au domaine des Rohan autour de Blain, Saffré et Châteaubriant. La branche la plus occidentale s’incurvait le long de la mer et s’ornait des Eglises du pays de Guérande, de La Roche-Bernard, Muzillac, Rochefort-en-Terre, Muzillac, et des autres prêches de l’évêché de Vannes. La branche orientale, plus solide, remontait par Sion et Fougeray jusqu’aux pays de Rennes (Châteaugiron, Ercé) et de Vitré. Seule l’extrémité septentrionale était fragile comme le prouveront les rapides difficultés des communautés de Combourg ou Saint-Malo.

 

Le protestantisme en Bretagne au XVIe siècle

     Sur le plan social, la caractéristique du premier protestantisme breton est d’être presque uniquement constituée de trois composantes : les élites bourgeoises, le peuple urbain, la noblesse. Deux éléments manquent dès le départ : les masses rurales et le clergé. Leur commune absence n’est certainement pas due à une coïncidence. Pourquoi très peu de clercs bretons (quatre ou cinq tout au plus) passent-ils du côté de la Réforme ? C’est une des questions qui restent en suspens, même si quelques facteurs explicatifs peuvent être avancés : densité de l’encadrement religieux, situation favorable des clercs dans la société, faiblesse des contentieux avec Rome. La fidélité des structures catholiques à tous les échelons explique certainement l’inertie des paysans, particulièrement attachés à un christianisme traditionnel qui les ancrait sur les plans spatial (l’enclos paroissial), social et professionnel (les rites de fertilité et autres traditions rurales). Le basculement nobiliaire est donc insuffisant pour entraîner la haute Bretagne, même pas quelques paroisses. En Breiz Izel, un tel projet était évidemment exclu, mais, même près de Vitré ou de Blain, aucun document ne laisse entendre que quelque gentilhomme ait sérieusement envisagé de faire partager la nouvelle foi à ses paysans. Il faut y voir sans doute un choix politique : prenant acte de la solidité du catholicisme rural et lui abandonnant le  » populaire « , les notables huguenots ont pensé que tout se jouait au niveau de la noblesse et de l’Etat. Signalons, enfin, que s’il y eut des marins à embrasser la Réforme, notamment autour du Croisic, ils ont laissé peu de traces dans les archives. Les Eglises urbaines (Nantes, Vitré, Rennes, Ploërmel, Guérande, Morlaix, Hennebont…) associaient des familles bourgeoises à une masse assez mouvante d’artisans et de petit peuple. Mais les religionnaires les plus humbles ont commencé à fuir dès les années 1570 quand les persécutions et les guerres se sont rapprochées. Toutes les activités urbaines étaient représentées, avec des spécialisations selon les cités : à Nantes, au Croisic et à La Roche-Bernard, et surtout Vitré, le négoce était prédominant. L’impact du calvinisme au sein des grandes familles toilières de cette ville s’explique peut-être par de très anciennes relations avec la Flandre. Ailleurs les commerçants apparaissaient minoritaires à côté des officiers de finance et de justice, particulièrement éminents à Rennes où une dizaine de « robes rouges » du Parlement conduisaient l’assemblée calviniste à la Cène. Au plus fort de la vague réformée, vers 1565, les plus grandes Eglises urbaines ne dépassaient pas le millier de fidèles, et se limitaient généralement à quelques centaines de protestants.

Sous la sauvegarde des grands seigneurs

      Les communautés rurales elles-mêmes étaient essentiellement composées de bourgeois, agents de l’encadrement seigneurial, procureurs fiscaux et autres juges, receveurs ou notaires, qui retrouvaient aux prêches les représentants de la domesticité locale et les artisans, tisserands, chapeliers, armuriers qui bénéficiaient de l’appui des protecteurs locaux. Ils accueillaient chaque dimanche les hobereaux protestants du voisinage venus de leurs manoirs avec famille et serviteurs, comme le pittoresque seigneur de Procé qui se rendait à Blain en char à bœufs. Telles étaient les assemblées calvinistes qui remplissaient pour quelques heures les grand-salles de château, ou, le cas échéant, l’auditoire de justice voisin. A Combourg, Careil, Saint-Sulpice-des-Landes, Ercé-près-Liffré, et partout ailleurs, même en ville, point de temples : l’on se rassemblait sous la sauvegarde de quelque puissant seigneur du voisinage.

      Ce qui frappa à juste titre les contemporains, c’étaient l’importance et la notoriété des hauts lignages qui passèrent au protestantisme. Les différents documents qui nous sont parvenus font état de plus de cent familles d’ancienne noblesse qui avaient fait profession de calvinisme. Si ce seul chiffre est déjà remarquable, il doit être renforcé par le fait que le passage à la Réforme avait été d’autant plus fort que l’on s’élevait dans l’échelle féodale.

      Deux des plus anciennes et éminentes baronnies bretonnes étaient en effet entre des mains protestantes : les Rohan non seulement tenaient Blain et plusieurs seigneuries au nord de Nantes, mais ils abritaient aussi des pasteurs dans leurs forteresses de Pontivy et de Josselin ; l’héritage des Rieux, passé aux Châtillon, comprenait Vitré, La Roche-Bernard et Quintin. A côté de ces puissances provinciales, d’autres hauts justiciers usaient de leurs droits et de leur richesse pour soutenir des Eglises : au sud du comté de Nantes, à Vieillevigne, c’étaient les Lalande de Machecoul et les Goulaine, au nord, à Sion, les La Chapelle de La Roche-Giffart, à l’ouest au Croisic, les Tournemine et les du Boays… Dans l’évêché de Vannes, autour de Rochefort-en-Terre, les du Brossay, et près de Guer, les Maure. Dans les diocèses du nord de la Bretagne, les appuis ne manquaient pas : à Châteaugiron et Combourg, les Montjean, à Ercé-près-Liffré, les Montbourcher, près de Saint-Malo, les Châteaubriand, à Plouër, Charles Gouyon… A la pointe même de la Bretagne, le baron Charles du Quellenec essaya même d’instaurer la Réforme à Pont-L’Abbé. Bien sûr, d’autres gentilshommes se joignaient à ces Eglises avec toute leur maison. Parfois, il s’agissait de vassaux directs, comme les Provenchère ou les Vay à Blain, souvent c’étaient des hobereaux plus éloignés qui accueillaient les prêches derrière leurs murs à l’occasion des visites des pasteurs. De ce nombre étaient les Gouicquet près de Moncontour, les Boispéan à Fercé, les d’Avaugour à Saffré, et bien d’autres…

      Ce poids de la noblesse dans le calvinisme breton est conforme à ce que l’on connaît du protestantisme du nord de la France, notamment en Normandie ou en Bas-Poitou, mais il était plus marqué que partout ailleurs. Ce trait explique sans doute pourquoi la haute société bretonne accepte facilement la présence réformée, à commencer par les plus hauts niveaux : les solidarités familiales, les réseaux de féodalité, les souvenirs de compagnonnage dans les armées du roi y comptent plus que la différence religieuse. Au plan culturel, aussi, les religionnaires sont incontournables : l’écrivain Noël du Fail, le mathématicien Viète, le médecin Roch Le Baillif, l’imprimeur Julien du Clos fréquentent au début des années 1560 l’Eglise de Rennes…

 La Bretagne est entraînée tardivement dans les guerres religieuses…

      L’influence politique des calvinistes peut légitimement inquiéter le clergé catholique, mais leur petit nombre et l’inexistence d’une contagion rurale donnent vite à penser que les possibilités d’une forte expansion huguenote en Bretagne sont minces. Ces deux réalités pèsent ensemble pour éloigner le risque d’une confrontation armée entre les deux camps. C’est ce qui explique sans doute que les protestants bretons aient été longtemps préservés des plus grandes persécutions comme des guerres civiles. De 1558 à 1572, la politique des gouverneurs est souvent tolérante ou, tout au moins, d’une relative neutralité. La seule contrainte indiscutable semble avoir concerné les franges maritimes. Toute présence huguenote y est suspecte. Sur la côte nord, les protestants sont soupçonnés de préparer des descentes anglaises. Au sud, le danger est rochelais. Aussi les représentants du roi ont-ils comme politique constante de ruiner les églises protestantes dans les villes côtières. Mais, dans l’ensemble, la situation de nos huguenots est bien plus heureuse que celle de leurs voisins du Poitou ou de Normandie. Les gentilshommes pressés d’en découdre, hobereaux et cadets de barons calvinistes (les aînés sont bien plus circonspects), doivent quitter la province et rejoindre les armées de Condé, laissant leurs domaines et leur famille aux bons soins de leurs cousins catholiques. Ces aventures ne vont pas sans risques, et des batailles comme celles de Moncontour et Jarnac ont des répercussions en Bretagne : des Eglises comme Clisson, Saint-Malo ou Combourg sont alors détruites, entraînées par le décès de leur protecteur, mort sans héritier protestant, dans une disparition irrémédiable.

     Les combats ne touchent la province qu’après la Saint-Barthélemy, en 1572. Les quelques escarmouches qui avaient précédé n’étaient que des incidents localisés. Les religionnaires bretons sont même relativement épargnés par le massacre de Paris, puisque la seule victime de qualité est Charles du Quelennec, baron de Pont-L’Abbé, mort en défendant Coligny. Les villes bretonnes refusent l’ordre du gouverneur qui prescrivait de suivre l’exemple de la capitale. Si les huguenots se terrent d’abord dans leurs châteaux, ils tentent ensuite quelques coups de main, sur Vitré, tenu désormais par les troupes royales, et surtout sur Concarneau, en janvier 1577, quand une tentative assez téméraire de s’emparer de la citadelle se termine par le massacre des mercenaires et des quelques gentilshommes locaux impliqués dans l’affaire. Les paysans cornouaillais, venus prêter main forte aux forces fidèles au roi, ont facilement raison des insurgés. L’événement est révélateur, car il permet de vérifier à quel point certaines campagnes bretonnes sont violemment opposées à toute action de force du parti protestant. Cette constante s’est affirmée au cours des conflits ultérieurs, sans qu’il soit bien possible de faire la part d’une défense religieuse du catholicisme, d’un sentiment anti-nobiliaire aigu, ou de la crainte de la venue d’armées étrangères.

      C’est surtout après 1585, quand le duc de Mercoeur, gouverneur de la province, se rangea de plus en plus du côté de la Ligue, que la situation des protestants devient difficile. Après 1589, ce fut pire encore. La guerre civile ouverte qui ravage la Bretagne après la dissidence de Mercoeur et son refus d’obéir à Henri IV, est presque fatale au protestantisme. Les Eglises et les pasteurs sont dispersés, à la notable exception de Vitré, dont la forteresse, pivot du dispositif royal dans le nord-est de la Bretagne, est opportunément tenue par les réformés, désormais seuls maîtres de la ville. Le pasteur Merlin y tient ses registres, administre les baptêmes et célèbre les mariages des réfugiés.

Les places du protestantisme en Bretagne pendant les Guerres de la Ligue

     Les protestants, par leur faible importance numérique, ne représentent qu’une force d’appoint pour le parti royaliste fidèle à Henri IV, mais ils y jouent un rôle souvent décisif. Les gentilshommes ont des responsabilités importantes : en ces temps de grandes trahisons, ils sont parmi les rares à ne pouvoir être soupçonnés de toucher l’argent espagnol ! Citons quelques-uns : le célèbre La Noue revient dans sa province natale pour superviser l’armée du prince de Dombes et trouve la mort à Moncontour en 1591. René Marec’h de Montbarot administre Rennes, Jean du Matz de Montmartin est maréchal de camp, et René du Liscouët lieutenant-général pour la Basse-Bretagne. Bien d’autres servent comme capitaines ou cornettes. Dans cette décennie de combats obscurs mais coûteux, les protestants bretons sacrifient quasiment tout : leurs vies d’abord, car la plupart des maisons sont endeuillées, leurs biens ensuite, car les châteaux protestants du sud de la province connaissent la destruction ou le pillage. En 1598, lorsque l’Édit de Nantes met fin au conflit, la situation du protestantisme breton est telle que le pasteur Louveau pouvait parler de ruine. Le petit peuple, nombre de bourgeois et même des nobles avaient définitivement quitté la province, s’embarquant pour Jersey ou fuyant vers le Maine ou la Normandie.

 II – De l’Édit de Nantes à sa Révocation : 1598-1685

      Si le retour à une situation de relative tolérance peut apparaître comme une victoire pour les protestants bretons, dans l’immédiat, ils s’estimèrent assez mal récompensés de leur engagement pour le Béarnais qui ne distribua que quelques chiches pensions. Les clauses de l’Edit de Nantes font la part belle aux catholiques. En fait, trois villes seulement mettent leur temple sous la sauvegarde du roi : Rennes, Nantes et Guérande. Partout ailleurs, les religionnaires préfèrent jouir de privilèges seigneuriaux, à commencer par Vitré et Vieillevigne où ils ont  » droit de possession « . Cette confiance dans les structures féodales s’explique aisément : c’était la seule composante du protestantisme originel qui avait traversé l’épreuve de la guerre civile.

L’application de l’Edit de Nantes au protestantisme en Bretagne

 Renaissance ou renouveau ?

     Cet engagement nobiliaire n’a pas fait défaut durant toute la période d’application de l’édit, phénomène d’autant plus remarquable que dans le reste du Royaume, beaucoup de Grands du parti huguenot ont prêté une oreille attentive aux sirènes royales et catholiques. Cette fidélité des hauts justiciers bretons à la Réforme permet au tissu protestant, non seulement de se reconstituer, mais même de s’étendre, en particulier vers l’ouest. Entre 1600 et 1650, en effet, le protestantisme provincial, réduit initialement à guère plus d’un millier de fidèles, retrouve un niveau qui avait été le sien une génération plus tôt, autour de 4 à 5 000 âmes. Cet essor ne peut être imputé ni à des conversions qui demeurèrent extrêmement rares, ni à une croissance démographique notable, même si les familles vitréennes sont prolifiques et ont tendance à s’étendre vers les autres Eglises de la province. L’expansion a pour moteur un phénomène d’immigration continu depuis les terres protestantes traditionnelles. Domestiques et artisans viennent s’établir depuis le Poitou, la Normandie et les provinces du centre. Ils répondent à l’appel des seigneurs, soucieux de s’entourer d’employés et de personnel de maison de leur religion. Gens de justice, officiers seigneuriaux, praticiens, anciens domestiques établis dans les échoppes du bourg finissent par composer une église. Amaury II Gouyon en constitue une à La Moussaye en Plenée-Jugon, et son fils, le marquis Amaury III à Quintin. Les Rohan relèvent Pontivy où résidait encore Marguerite de Rohan-Chabot, à la veille de la Révocation. Les communautés rurales les plus solides restent cependant celles qui avaient conservé quelques éléments populaires du XVIe siècle, comme Blain (aux Rohan), Sion (aux La Chapelle), Vieillevigne (aux Lalande de Machecoul), Ercé près Liffré (aux Montbourcher). Dans ces lieux, et seulement là, on peut rencontrer vers 1660 des paysans et des tisserands huguenots. L’essor économique du début du siècle explique enfin la reconstitution d’Eglises urbaines : Rennes-Cleusné, Saint-Malo-Plouër, Morlaix, Le Croisic-La Roche-Bernard, Vitré-Terchant, où cette fois la dimension bourgeoise est nettement prédominante. Mais déjà un contraste apparaît. Si le protestantisme somnole dans les deux dernières villes, places seigneuriales en déclin et pôles de la reconquête catholique, Rennes devient une métropole pour les bretons huguenots du nord, et les ports de la Manche reçoivent nombre de marchands anglais. Mais l’essor le plus marquant est celui de Nantes. Les négociants hollandais font de la communauté de Nantes-Sucé une petite Amsterdam à l’embouchure de la Loire. Les Van Haerzell, Naerssen, Keulen et autres Hoogvert ou Schoonhoven y retrouvent leurs homologues français huguenots, dont beaucoup avaient descendu la Loire depuis Saumur ou Orléans. Les commis, les domestiques et les artisans viennent plutôt de Vieillevigne et du Poitou voisin. Entre commerçants et monde du travail manuel, il y avait moyen de s’entendre, ou du moins de chanter d’une même voix. Les lentes navigations dominicales pour remonter l’Erdre jusqu’au temple de Sucé ne sont pas seulement consacrées à entonner des psaumes qui scandalisaient fort les riverains catholiques. De conversations enfiévrées animent ces voyages en coche d’eau. Par contre les nobles huguenots des environs boudent visiblement une communauté aussi cosmopolite et préfèrent bientôt se réunir à part, au château du Ponthus. Dans les années 1670 et jusqu’en 1685, Nantes est devenue de loin le principal pôle protestant en Bretagne.

Le protestantisme breton au XVIIe siècle

Une existence menacée

     De 1600 à 1675, les huguenots bretons peuvent, tant bien que mal, mettre à profit les libertés que leur concédait l’édit de Nantes. Mais en quelques occasions, le fragile équilibre religieux paraît bien menacé.

      Après l’assassinat d’Henri IV, en 1610, les protestants du Royaume choisissent pour chef un grand seigneur breton, le jeune Henri II de Rohan, gendre de Sully. Entre 1621 et 1628, un nouveau conflit religieux s’embrase : les huguenots s’estiment en danger, Richelieu veut les désarmer. Assurément les protestant restés en Bretagne ne représentent pas plus une force militaire qu’au XVIe siècle, mais la province subit les ricochets des opérations qui se déroulent à ses portes, en Poitou conditions concentrationnaires au sanitat de Nantes. A l’intérieur de la province, les « guerres de Rohan » sont des temps difficiles pour les religionnaires restés en grande majorité pacifiques. De véritables pogroms éclatent à Rennes et Vitré où le pasteur est assassiné. Aujourd’hui, les restes du conflit s’inscrivent encore dans la pierre. Si Henri de Rohan a pu développer quelques activités dans ses domaines, comme les forges de Salles, il a chèrement payé sa défaite par la destruction de ses châteaux. Josselin et Blain perdent alors, sur ordre de la Cour, les hautes tours nécessaires à leur défense.

     Une deuxième vague de violences, beaucoup plus localisées, coïncide avec l’avènement de Louis XIV. De 1659 à 1661, alors que la famine sévit en Bretagne, des troubles éclatent à Sion-Les-Mines où le seigneur protestant en vient aux mains avec les moines et les paysans. A la même époque, à Rennes, qui refuse un gouverneur huguenot, le temple est brûlé et un huguenot pendu sur ordre du Parlement. En 1675 enfin, les protestants sont les boucs émissaires des insurgés bretons, en particulier à Rennes. Il est de plus en plus évident que les huguenots, dont le nombre diminue dans la province, ne peuvent s’y maintenir que sous la protection du roi. Or Louis XIV prépare justement la révocation de l’édit de Nantes, et des dragonnades touchent le Poitou voisin dès 1682. En ces dernières années de tolérance bien théorique, la Bretagne peut apparaître comme une aire de relative tranquillité. Les protestants y sont si peu nombreux que le roi n’y a pas prévu de dispositions militaires. De nombreux poitevins ou saintongeaux, bien avisés, cherchent alors refuge à Vieillevigne, à Nantes, Rennes et jusqu’à Quimper ! La Bretagne, dernière province concernée en 1598 par la paix religieuse, est également la dernière à jouir des restes de l’édit….

 III – La Bretagne, port d’embarquement vers le Refuge : 1685-1750

      La destruction des Eglises protestantes bretonnes est une affaire vite réglée dans les deux derniers mois de l’année 1685. Le pouvoir n’a recours aux exactions de la soldatesque qu’à Nantes et peut-être à Vieillevigne et Rennes. Partout ailleurs, la menace suffit à faire plier la plupart des huguenots, très conscients d’être isolés et sans recours. Seule une poignée « d’opiniâtres » préfère la prison. Seul des coreligionnaires de l’amiral Duquesne, le jeune enseigne Dobré de Robigy choisit l’emprisonnement à vie au château de Brest plutôt que d’abjurer. Il partage le sort d’un noble du pays nantais, David de la Muce, et d’une des dernières descendantes des Gouyon de la Moussaye. Tous les trois sont célibataires et membres de l’élite sociale, tous seront finalement expulsés vers l’Angleterre après des années d’enfermement. Les autres protestants ont préféré courber l’échine, tout en préparant leur fuite du royaume. Sur une population de 3000 protestants bretons vers 1680, 7 à 800 sont identifiés ultérieurement dans les pays du Refuge, leur total a peut-être atteint 1 000 individus, ce qui représente un taux d’évasion supérieur à 25 %, sensiblement au-dessus de ce que nous connaissons actuellement de la moyenne française. Comme il a été souvent remarqué ailleurs, les communautés urbaines et bourgeoises ont émigré en masse, tandis que les Eglises rurales se sont montrées plus hésitantes. Les cités de Rennes et Nantes se vident presque totalement de leurs huguenots. Vitré connaît le même phénomène, mais dans une moindre mesure, ainsi que dans les paroisses isolées comme Pontivy, Quintin, ou Plouër. A Blain, ou à Sion, par contre, les départs restent très minoritaires et les « nouveaux convertis » se fondirent en deux ou trois générations dans le reste de la population, sous la pression du clergé qui n’hésitait pas à enlever les enfants de ceux qui  » faisaient mal leur devoir « . Dans le sud de la Bretagne, pour faire des exemples, on traîne sur la claie les corps de quelques défunts qui avaient résisté jusqu’au bout.

 La  » filière bretonne « 

      Le rôle de la Bretagne dépasse largement à cette époque celui de sa petite communauté huguenote : sa situation de frontière maritime en fait une porte du Refuge pour tous les protestants de l’ouest du Royaume. Les départs clandestins pour des destinations aussi lointaines que la Hollande ou l’Angleterre ont pu se préparer à partir de Nantes aussi longtemps que la ville abritait des armateurs et des négociants bataves, ce qui ne dura que jusque 1687. Les fugitifs se cachent dans les caisses et les barriques, à fond de cale, pour échapper aux douaniers. Après 1687, il ne reste plus que la route des îles anglo-normandes, facilement accessibles en barque à quelques lieues de Saint-Malo, Paimpol ou Granville. Cette voie d’évasion, empruntant des circuits séculaires de contrebande, avait déjà été utilisée par les protestants au XVIe siècle, et le sera encore par… les prêtres réfractaires après 1791.

Quelques routes d’exil identifiées par les procédures judiciaires (1682-1730)

     L’importance de la filière bretonne apparaît pleinement à travers la masse des archives conservées dans les dépôts de la province, en particulier à Rennes où étaient examinées les procédures d’appel : c’est en effet au travers des pièces judiciaires qu’ont pu être conservées les traces du flux protestant. Plus de 600 protestants arrêtés en route ou sur les côtes ont été déferrés à la justice entre 1685 et 1750 dans la province. Parmi eux, une petite centaine de Bretons. Les religionnaires venus du Poitou et de la Saintonge sont majoritaires, mais pratiquement toutes les provinces sont représentées. D’après les relevés des actes religieux conservés à Jersey, Guernesey et en Grande-Bretagne, on peut estimer le total du flux ayant passé par la Bretagne à 10 000 personnes environ. Le taux d’échec serait de 5 à 10 %, mais le quart au moins des protestants concernés a réussi une évasion ultérieure. Les interrogatoires font apparaître l’existence de filières plus ou moins durables dont les plaques tournantes étaient Nantes, Rennes, et la région malouine. Les fugitifs traversent la province par petits groupes qui ne dépassaient pas la vingtaine de personnes, conduits par des guides qui pouvaient être bretons, poitevins ou originaires des îles de la Manche. Les huguenots les plus riches empruntent des voitures publiques ou privées, les plus humbles (le cas le plus fréquent) cheminent à pied et dorment dans les champs ou les bois où quelques-uns se font surprendre.

      Il faut distinguer quelques périodes dans ce flux protestant :

– de 1682 (date à laquelle l’émigration est déjà légalement interdite) jusqu’en octobre 1685 (la Révocation), des milliers de huguenots passent par la province en toute impunité, avec la complicité des magistrats locaux qui ferment les yeux, par corruption à Paimboeuf et par sens commercial à Saint-Malo. En septembre-octobre 1685, la masse des fugitifs dans les auberges de Nantes et de Saint-Malo est telle qu’elle éveilla l’attention du Parlement de Bretagne qui délègue des commissaires dans ces villes (Coëtlogon et Francheville au nord, Boisleve au sud) pour instruire le procès des religionnaires pris dans les rafles.

 – De 1686 à 1688, après une courte période de flottement, l’émigration reprend de plus belle malgré les risques : les ports sont gardés, les pataches de la douane patrouillent. C’est l’embouchure de la Loire qui voit passer le plus de fugitifs.

 – de 1688 à 1698 la guerre de succession d’Espagne met fin pour un temps au flux huguenot : les risques deviennent trop élevés sur une frontière militaire. Par contre, quelques dizaines de protestants surpris sur des bateaux anglais ou hollandais sont ramenés en Bretagne par les corsaires ou les vaisseaux du Roi. Au tournant du siècle, la paix de Ryswick permet le retour des fuites sur une grande échelle, avec souvent la complicité des premiers émigrés qui revinrent, malgré les risques, chercher le reste de leur famille. Bientôt, la reprise de la guerre et la lassitude des huguenots contribuèrent à espacer de plus en plus les départs.

 Le temps des prisons

 Pour terminer, quelle fut l’attitude des magistrats bretons devant les « opiniastres » prisonniers ? Il semble bien que les juges aient eu une assez grande divergence dans leur interprétation les Edits. Certains, comme à Nantes le procureur Boussineau, furent inflexibles, d’autres comme les juges des amirautés du nord de la province, furent plus conciliants. Le Parlement, qui examinait pratiquement toutes les causes en appel, annula près d’un tiers des condamnations. Dans la pratique, les juges bretons relâchèrent tous les prisonniers qui firent abjuration, c’est-à-dire la quasi-totalité des justiciables jusqu’en 1688. Les « nouveaux catholiques » se prêtaient à une parodie de conversion pour la deuxième et parfois la troisième fois, et les magistrats n’étaient pas dupes… Mais, dans une province peu marquée par le protestantisme, les juges se sont accordés avec le clergé pour offrir aux paroissiens le spectacle de cérémonies solennelles d’autant plus « édifiantes » que l’occasion en aurait été rare sans ces protestants venus de loin. La plupart de ces derniers profitèrent de l’occasion en pensant déjà à leur prochaine tentative. Il faut croire qu’ils tirèrent quelque expérience du premier échec, car aucun  » récidiviste  » ne fut jamais repris ! Après 1688, les huguenots surpris en mer alors qu’ils s’étaient établis depuis des années dans le Refuge, refusèrent souvent d’abjurer, de même que les derniers fugitifs. Des dizaines de femmes furent enfermées dans des couvents et 45 hommes partirent par la chaîne de Bretagne vers les galères de la Méditerranée.

 Un siècle après la Révocation, la porte semblait s’être refermée sur un calvinisme breton éradiqué par la persécution : trop isolé, trop minoritaire, il s’était partout éteint sauf à Nantes où quelques familles de négociants suisses ou allemands étaient venues relayer les Hollandais et avaient obtenu vers 1750 une tolérance due à leur statut d’étrangers. Le chant des psaumes s’était-il tu définitivement dans les manoirs de granit ? Encore deux ou trois générations, et le protestantisme renaîtra avec éclat, là où on l’attendait le moins, car il sera en grande partie rural, bas breton, et de langue celtique…

Jean-Yves Carluer

32 réponses à Le temps des huguenots bretons (1550-1800).

  1. Ping : Histoire / Le premier protestantisme en Bretagne « Actu-Chretienne.Net

  2. Merci pour cette page d’histoire qui m’était inconnue en cette région de Bretagne.

  3. BOURGOIS dit :

    De quel ouvrage et de quel auteur est issu ce beau texte d’historien ?

  4. Morvant yann dit :

    Merci beaucoup pour ce rafraichissement. Les deux dernières lignes donnent très très envie de connaître la suite. Le protestantisme breton aurait-il ressuscité ?

  5. Michel Adelin - Pineau dit :

    Merci Monsieur Carluer pour vos travaux sur le protestantisme en Bretagne , j’ai lu votre page d’histoire avec beaucoup d’intérêt. Je suis moi même issu par les femmes d’une famille de la diaspora huguenote de Bretagne : Les Pineau , qui comporte plusieurs branches , ils essaimèrent un peu partout pendant cette triste période. Mon aïeul René François Pineau 1811 / 1862 est né en Mayenne , son fils Cyrus Constant Pineau , mon arrière grand-père est né en 1853 dans la Sarthe , je fais des recherches généalogiques dans le but de remonter plus précisément à la souche des Pineau en Bretagne.
    Merci par avance de votre aide éventuelle.

  6. Michel Adelin - Pineau dit :

    Monsieur Carluer , je vous remercie pour vos informations , j’ai déjà eu l’occasion d’apprécier les travaux de Monsieur Jean-Luc Tulot , en particulier sa transcription des lettres d’André Pineau : http://jeanluc.tulot.pagesperso-orange.fr/Andrepineau.pdf
    Je vais maintenant , selon vos aimables indications , chercher à consulter les écrits de Mr L’abbé Paris – Jallobert.

  7. François dit :

    Mordelles, un lieu de prêche établi entre 1600 et 1680 ?!!
    Des détails !! Des détails !!

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Bonjour et merci de l’intérêt que vous portez à mon site !
      Mordelles a effectivement abrité des familles huguenotes dès le XVIe siècle, ainsi qu’un prêche protestant dans la génération qui précède la Révocation. Au XVIe, on signale la famille noble des Cacé, mais j’ai peu de détails. En 1641, M. de Farcy, maître de forges protestant venu de Normandie, achète le château de la Ville-du-Bois. Michel de Farcy y mentionne une chapelle en 1678, probablement consacrée au culte protestant. Le 30 septembre 1673, un synode provincial, rassemblant les pasteurs protestants de Bretagne se tient « en la maison seigneuriale de La-Ville-du-Bois ». Le propriétaire, »Jacques de Farcy, seigneur de Pesnel, de Mué et de Malnoé, maître de forges, reconnu noble d’extraction, ancien de [l’Église réformée de] Rennes » y avait été désigné commissaire du roi par brevet du 28 septembre 1673. Les actes de ce synode sont conservés à la Bodlean Library d’Oxford.
      Je compte publier un article sur le protestantisme à La-Ville-du-Bois sur ce site.
      A bientôt donc !

  8. Laurence MAILLARD dit :

    Bonjour,

    Dans votre ouvrage « protestants et bretons », vous écrivez « le 11 avril 1685, les magistrats enlevèrent les enfants d’un protestant, Daniel de la Motte, et les placèrent chez des catholiques » (page 106). Vous serait-il possible de m’indiquer la source de cette information car ce Daniel de la Motte est un neveu de mes ancêtres huguenots de Blain, Paul Hersant et catherine Gandouin (originaires du poitou)
    Par avance Merci.
    Laurence Maillard

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Bonjour !. J’ai quelques informations pour vous, mais peut-être les avez-vous déjà si vous travaillez sur la généalogie familiale. Daniel de la Motte avait été assassiné le 18 avril 1678 sur le chemin de Redon à Rennes, et son épouse était décédée au cours de l’année. Le Parlement de Bretagne, appliquant la déclaration royale d’août 1684, décida de confier les enfants mineurs à des tuteurs catholiques. L’arrêt sur remontrances du Parlement est aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, cote 1 Bf 1440.
      Si vous avez des renseignements autres et intéressants, faites le moi savoir.
      Avec mes amitiés.
      Jean-Yves Carluer

  9. Mathias RUAULT dit :

    Cher Monsieur,

    Votre article est tellement intéressant, je ne sais trop par où commencer… Voilà, je réalise une généalogie noble dans l’Ille-et-Vilaine, débordant sur les Côtes d’Armor, et j’ai été amené à étudier une famille dont divers élément tendent à me faire penser qu’elle pourrait être protestante. Qui plus est, elle disparaît des registres peu après la Saint-Barthélémy. Ce qui me turlupine est que pourtant, je les trouve mentionnés dans les actes paroissiaux catholiques, et pour autant, un document de 1570 semble mentionner la réintégration de procureurs au Parlement, protestants, du fait d’un manque de procureur dû à la révocation de tous ceux qui étaient protestants. L’acte donne une liste dans laquelle figure le nom d’un membre de cette famille, pour autant sa fille (la seule que je lui connaisse, et celle par laquelle je rattache la famille à ladite généalogie que je réalise), naît la même année dans une paroisse catholique… Je me perds ! Les protestants ont-ils pu faire déclarer leurs enfants dans les registres baptismaux catholiques ?

    Avez vous une liste des familles nobles protestantes à nous soumettre ?
    Vous remerciant,

    Mathias Ruault

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Je réponds un peu tard à votre commentaire, très intéressant. Vous trouverez une liste des nobles protestants huguenots à la fin d’une série d’articles consacrés au sujet par Émile Clouard en 1938 dans le Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne.
      Il est arrivé effectivement que des baptêmes d’enfants de familles protestantes aient été inscrits (souvent de force) dans les registres catholiques.
      Sincèrement,
      Jean-Yves Carluer

  10. Mathias RUAULT dit :

    Monsieur,

    Je découvre juste après avoir posté mon dernier message, que j’avais déjà posté un commentaire… Et je n’ai jamais vu la réponse avant ce soir. Du coup, vous m’avez déjà répondu…! Veuillez m’excuser mon manque de rigueur, ayant découvert ce jour des nouvelles traces de la famille Chassault dans la paroisse de Romillé, j’ai repris de plus belle mes recherches, emporté par la passion.

    Je vais suivre les conseils que vous m’aviez laissé, et vous remercie de votre attention.
    Très sincèrement,

    Mathias Ruault

  11. dorange caroline dit :

    monsieur,
    je suis très intéressée par vos recherches, peut être avez vous des renseignements sur une famille de parlementaires de Vitré, les HAY des NETUMIERES, surtout sur Siméon sieur de la Boissière qui devint seigneur de COUELLAN en épousant Madeleine du BOISJAN. Ils finirent par se convertir au catholicisme et sont enterrés dans l’église de Caulnes. Il reste leur château de Couellan et leur chapelle, très huguenote… reconstruits après la destruction en 1591 par le duc de Mercoeur
    cordialement
    caroline dorange

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Vous nous donnez-là des informations très intéressantes. La famille Hay des Nétumières est effectivement connue comme huguenote. Je vais vous recontacter.

  12. Jolive m christine dit :

    Bonjour
    merci de donner des informations , pouvez vous de donner plus de renseignements sur Ercé près Liffré berceau de ma famille Delahaye Mauger Hauvêpre
    Cordialement

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Bonjour !
      Je compte présenter cette communauté prochainement sur mon site. A mon grand regret, il ne me semble pas me souvenir qu’un des noms que vous citer figure dans les quelques actes d’état-civil protestants qui sont conservés.
      Mes amitiés,
      Jean-Yves Carluer

  13. Merci pour ces informations très intéressantes. Je n’ai appris que le mois dernier, à l’occasion de l’attribution du prix Jakez Hélias à mon livre « une vallée en Cévennes » (dont évidemment la dimension protestante est importante), que Le Croisic, où ce prix était remis, avait été une zone de forte implantation protestante, et un lieu de passage important dans la fuite de nombreux protestants, en particulier vers la Hollande.

  14. Gilles dit :

    Bonjour,
    Comment s’inscrit le village: le temple de Bretagne dans cette histoire ?

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Bonjour !
      Ce que nous savons des localités et des lieux dits actuels qui font état du terme « temple » en Bretagne, c’est qu’ils font référence, non pas aux protestants, mais à des domaines et propriétés liés à l’Ordre du Temple (les templiers) qui possédaient de nombreuses terres dans la province. N’oublions pas, non plus, que le terme « temple » n’est en aucun cas réservé aux édifices du culte protestant. Il est fréquemment utilisé par les catholiques : « oui, je viens dans son temple adorer l’Éternel » (Racine, Athalie, Acte 1, scène 1).

  15. Mercier Albane dit :

    Un de mes ancêtres René Forgeais et sa femme Ollive Mouezy, sieur et dame des Bretonnieres, font baptiser leurs enfants entre 1651 et 1663 avec beaucoup de retard, plusieurs jours, plusieurs mois ou un an à Domalain, Ille et Vilaine. Cela me fait penser qu’ils étaient peut-être protestants. Je ne trouve pas d’autres indices.

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Bonjour ! Je ne connais pas, en l’état actuel des recherches, de Huguenots bretons du nom de Forgeais ou Bretonnières. Le retard au baptême n’est pas rare dans les paroisses catholiques et peut avoir plusieurs causes. C’était plus fréquent, effectivement, chez les protestants disséminés chez qui le pasteur passait deux ou trois fois par an, mais ce n’est pas un signe absolu de calvinisme.

  16. Reto Grass dit :

    Bonjour,
    Ayant résidé 5 ans en Afrique du Sud, nous avons acheté chez un antiquaire un superbe lit bateau très ancien superbement marqueté de tous côtés. Nous présumons que lors de Révocation de L’Édit de Nantes il appartenait à des protestants réfugiés en Hollande qui l’ont transporté avec eux dans leur nouveau pays d’adoption . Qu’en pensez-vous ?

    Cordialement
    Reto Grass

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Bonjour !
      Ce que vous signalez est très intéressant. Il est possible effectivement que votre meuble ait appartenu à des Huguenots du Refuge. Mais il faudrait une identification plus précise que seul peut réaliser un spécialiste.

  17. Yves Quinton dit :

    Bonjour,
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article, et je me permets de vous demander si il existe des documents sur le protestantisme en Mayenne et particulièrement sur la partie Nord-Ouest, proche de Fougères.
    J’ai aussi remarqué que la Mayenne avait été traversée par le chemin vers Granville sans doute à partir de La Rochelle.
    J’ai dans mes ascendants Esther BOURDET (décédée en 1645) épouse de Julien FOURNIER, auriez-vous rencontré ces patronymes ?
    Bien cordialement,
    Yves Quinton

    • Jean-Yves Carluer dit :

      Bonjour et merci !
      Sur le protestantisme dans la région de Fougères, il existe, je crois, un article ancien dans une revue érudite locale. En fait, le principal pôle huguenot du pays de Fougères est l’Église de La Vieuville (voir sur ce site). Sinon, c’est celle de Terchant La Gravelle (voir la biographie de Jean du Matz de Montmartin. La maison protestante des Laval possédait de nombreuses terres dans le département de la Mayenne. C’est la même qui protégeait l’Église de Vitré.
      Autrement, je n’ai pas rencontré de patronymes Bourdet.
      Bien à vous.

  18. Thoméré dit :

    Bonjour,
    Vous êtes le seul à traiter de l’exil des protestants du comté nantais au refuge. C’est ce qui m’amène à vous contacter. Je m’intéresse exclusivement aux réformés de Bouée (et des environs) dont le temple à la Cour-de-Bouée, reformaté pour un autre culte mériterait un meilleur sort. Je pense comme vous qu’il y a eu un réseau avec les passeurs dont vous donnez les noms dont de Bury de Blain. Je me demande si la petite fille du pasteur Philippe LeNoir de Crevain, Marguerite Le Mesnager ne faisait pas partie de ce réseau avec Anne Gaudon Amproux de la Massais dont le fils était réfugié à Jersey. Toutes ces personnes avaient abjuré sauf le pasteur parti à Hoorn. Continuait-il à animer un groupe de fidèles depuis la Hollande?
    Serait-il possible que vous partagiez des renseignements avec moi à ce sujet ou que vous m’orientiez dans des recherches aux archives. Je suis retraité et mobile
    Sincères salutations

  19. Maris Patrick dit :

    Bonjour,
    Membre d’une association d’histoire locale, à Ducey, dans la Manche (haut lieu des Montgommery ) , je recherche des informations sur le maître  d’hôtel des Montgommery : Charles Delaroche.
    Voici le résumé  de ce que j’ai le concernant : 
    « Références fichier des Abjurations protestantes sous le site CG 50 :
    De Marcilly, né vers 1635, maître d’hôtel, converti le 08/12/1685. D’Erquy (22).Vit à Ducey
    Protestant, nouveau Converti au catholicisme avant le baptême de son fils Henry en 1686 ;
    Non retrouvé : sa conversion, son mariage et la naissance de ses deux premiers enfants (années concernées 1681 à 1685 ) »

    Ce qui m’intrigue, c’est l’annotation sibylline : d’Erquy. C’est pourquoi je me tourne vers vous.
    Est-il né à  Erquy, ses parents revenant ou partant de/vers Jersey, par exemple ? Erquy était-elle un lieu de débarquement des exilés protestants rentrant en France ? 
    Les Delaroche étaient-ils  de Erquy ? ce qui me semble peu vraisemblable.
    Auriez-vous une explication à cette remarque .
    Merci
    Patrick

  20. depouhon nicole dit :

    Bonjour,
    J’ai dans ma généalogie un Bossard (maire de sart lez spa en belgique).Il est issu de la famille Bossard du Clos de rennes.Comment ces Bossard français ont-ils abouti près de liège?Je pense qu’ils étaient réfugiés vers 1600 en allemagne près de Hanau ou francfort sur le Main et que là,ils auraient rencontré des réfugiés protestants wallons…Mes ancêtres sont des collin thomas de pouhon,des Chriestelbach,du nom d’un bourg allemand de rhénanie,des Pardicq,Floquet…Existerait-il une liste de réfugiés bretons en allemagne?J’ai aussi dans ma famille des réfugiés à Leyde (ils étaient maîtres de forges en plus….) Merci…

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